L’accident de Guillaumet dans les Andes

L’aventure d’Henri Guillaumet dans les Andes rapportée par Antoine de Saint-Exupéry dans son récit Terre de Hommes, mais aussi par les témoins et journaux locaux reste dans les mémoires comme une véritable épopée humaine. L’exemple de cette volonté de vivre en a aidé plus d’un, à commencer par Saint-Exupéry et Prévot perdus dans le désert de Lybie en 1935. Retour sur la formidable odyssée de Guillaumet.

> Revoir le sujet sur l’Aéropostale dans l’émission « Faut pas rêver » spécial Argentine sur France 3 (Voir à 22 min. 30)

Dans le département de San Carlos (limite occidentale de la province de Mendoza), à seulement 11 km de la frontière chilienne, se trouve la Laguna del Diamante (Lac du Diamant). Un endroit unique qui fascine autant par sa beauté singulière que par l’incroyable histoire dont son passé fut témoin.

Une beauté inaccessible

Le lac, qui s’étend sur une distance de 7 km et atteint parfois la profondeur de 70 m, doit en fait son nom à la forme rhomboïde, rappelant celle d’un diamant, que dessine le reflet du volcan Maipo dans ses eaux cristallines. Le paysage alentour est dominé par la présence du volcan susdit qui culmine à plus de 5.250 m et dont les débris volcaniques s’éparpillent partout dans les environs, ajoutant ainsi encore un peu à la majesté et à l’étrangeté du lieu. Son altitude élevée de 3.250 m, sa situation au cœur de la Cordillère des Andes, et les températures extrêmes que l’on y rencontre en hiver, rendent la Laguna del Diamante presque inaccessible durant cette période. Il est uniquement possible de la visiter de décembre à mars.

memorial honneur guillaumet
																  															  

Guillaumet, l’Ange de la Cordillère

Ainsi le reste de l’année, entre le vent, le froid et les conditions d’accès, il est extrêmement dangereux de se rendre autour de la Laguna. Même parmi les locaux, très peu sont ceux qui s’y aventureraient.

Pourtant, si vous interrogez à ce sujet la mémoire collective des sancarlinos, ils vous feront sans doute part d’une exception que personne ne peut oublier, tant son caractère miraculeux a marqué les esprits : l’épopée de l’ «Ange de la Cordillère», Henri Guillaumet.

L’évocation du nom de ce pilote français provoque chez la population locale un étonnant mélange d’émotion et d’admiration. Il est celui qui a vaincu la terrible Cordillère, après 7 jours et 6 nuits d’un combat héroïque et acharné contre les éléments.

L’histoire de l’Aéropostale

Pour placer les événements dans leur contexte, il faut revenir quelques années auparavant. En 1927, les Lignes Aériennes Latécoère, fortes de leur succès en Europe, souhaitent ouvrir une ligne postale aérienne entre l’Europe et l’Amérique du Sud. En raison d’un manque de budget, la société doit être rachetée par un industriel français établi sur place, Marcel Bouilloux-Lafont. Elle est rebaptisée Compagnie Générale Aéropostale : c’est le début d’une histoire hors du commun.Grâce à la volonté de ses dirigeants et au courage de ses pilotes, parmi lesquels Saint-Exupéry, Mermoz ou Guillaumet, l’Aéropostale libère le continent de son isolement en ouvrant des lignes cruciales pour l’acheminement du courrier. C’est ainsi qu’en Argentine on assiste à l’ouverture des lignes Bahia Blanca – Rio Gallegos, Buenos Aires – Asunción, ou encore Buenos Aires – Santiago de Chile.

La périlleuse traversée des Andes

Cette dernière ligne assurée à partir de 1929 par le talentueux Henri Guillaumet, nécessite de la part du pilote un véritable exploit à chaque vol. Pour relier Mendoza à Santiago, celui-ci doit en effet traverser la périlleuse Cordillère des Andes dont les remparts s’élèvent par endroits à plus de 6.500 m d’altitude. Une véritable épreuve lorsqu’on connaît les performances de l’aviation à cette époque et surtout la rudesse du climat dans cette chaine montagneuse.

Cependant, rien n’arrête Guillaumet qui multiplie alors les traversées de la Cordillère pour le compte de l’Aéropostale. Cette performance régulière, dont seul un pilote de son cran et de son talent est capable, lui vaut beaucoup de respect de la part des ses confrères.

Ce jour-là…

Mais le 13 juin 1930, alors qu’il se trouve à Santiago et s’apprête à décoller pour Mendoza, une terrible tempête de neige se lève sur le versant chilien de la Cordillère. Le pilote n’écoutant que sa bravoure et son exemplaire sens des responsabilités, ne se défile pas et s’élance aux commandes de son Potez 25. Il décolle vers la Cordillère en pleine tourmente, sans savoir qu’elle sera 7 jours durant, le théâtre de son épopée. Malgré la tempête, il parvient à franchir la crête chilienne en se hissant à 6.500 m d’altitude. Malheureusement, une fois celle-ci passée, des courants descendants lui font perdre beaucoup d’altitude et il est à nouveau surpris par les déchainements du blizzard andin. Dans l’impossibilité technique de continuer, Guillaumet se voit contraint d’effectuer un atterrissage d’urgence, à quelques 3.200 m d’altitude, aux abords d’un lac : la Laguna del Diamante.

accident parcours guillaumet
																  															  

Les recherches de Saint-Exupéry

Le pilote français perdu quelque part dans le fin fond de la Cordillère est alors porté disparu. Lorsque la nouvelle parvient aux oreilles de son meilleur ami, un certain Antoine de Saint-Exupéry, celui-ci abandonne immédiatement la ligne Bahia Blanca – Rio Gallegos dont il est en charge à l’époque, pour pouvoir pleinement se consacrer à sa recherche. Durant 5 jours Saint-Exupéry remue vainement ciel et terre dans l’espoir de trouver son ami :

« Tu avais disparu depuis cinquante heures, en hiver, au cours d’une traversée des Andes. Rentrant du fond de la Patagonie, je rejoignis le pilote Deley à Mendoza. L’un et l’autre, cinq jours durant, nous fouillâmes, en avion, cet amoncellement de montagnes, mais sans rien découvrir. Nos deux appareils ne suffisaient guère. Il nous semblait que cent escadrilles, naviguant pendant cent années, n’eussent pas achevé d’explorer cet énorme massif dont crêtes s’élèvent jusqu’à sept mille mètres. Nous avions perdu tout espoir. Les contrebandiers mêmes, des bandits qui, là-bas, osent un crime pour cinq francs, nous refusaient d’aventurer, sur les contreforts de la montagne, des caravanes de secours : « Nous y risquerions notre vie », nous disaient-ils. « Les Andes, en hiver, ne rendent point les hommes. » Lorsque Deley ou moi atterrissions à Santiago, les officiers chiliens, eux aussi, nous conseillaient de suspendre nos explorations. « C’est l’hiver. Votre camarade, si même il a survécu à la chute, n’a pas survécu à la nuit. La nuit, là-haut, quand elle passe sur l’homme, elle le change en glace. » Et lorsque, de nouveau, je me glissais entre les murs et les piliers géants des Andes, il me semblait, non plus te rechercher, mais veiller ton corps, en silence, dans une cathédrale de neige.»

Passage extrait de Terre des hommes

‘’Si aviaturi, cae airiplani’’

Cependant le miracle que personne n’attend plus se produit enfin. 7 jours après sa disparition, Guillaumet est retrouvé par un enfant du nom de Juan Gualberto Garcia, boitant et à bout de forces le long du ruisseau Yaucha, à plus de 60 km de son avion.

Ce petit berger et sa mère portent secours au pilote et le raccompagnent à cheval jusqu’à leur humble bâtisse, le Puesto Cerro Negro, située un peu plus loin sur le ruisseau.

La suite des événements est très rapide. Juan Garcia s’empresse d’aller chercher son père pour lui faire part de la situation ; Ce dernier s’affaire alors toute la nuit durant pour prévenir la police et l’armée du département, afin que tout le monde soit au courant de la grande nouvelle.

Le lendemain vers dix heures, le pilote est conduit en voiture, puis à cheval, jusqu’à San Carlos où son ami Saint-Exupéry l’attend avec un avion pour le reconduire à Mendoza. La foule s’est amassée sur place pour assister à l’arrivée du rescapé. Tout le monde pleure de joie : le miracle inespéré a eu lieu.

Les deux amis se rencontrent enfin. Tandis qu’ils s’étreignent, Guillaumet prononce à l’auteur ces quelques mots mémorables, et rapportés par Saint-Exupery dans son livre Terre des hommes : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. »

ruisseau yaucha parc Laguna Diamante
																  															  

Le récit incroyable du rescapé

Et en effet, peu de personnes auraient été capables de faire ce que Guillaumet fit durant ces 7 jours. Après avoir attendu près de 48h que la tempête cesse, blottit entre des sacs de courriers dans la carlingue de son avion retourné, il se lança dans un périple de 5 jours de marche. Et ni la faim, ni la fatigue, ni même le froid ne surent venir à bout de son invincible courage. Le héros modeste et réservé ne témoigna que très peu sur ses exploits. Il en fit cependant part à son fidèle ami Saint-Ex, qui l’assista durant toute sa convalescence. L’auteur lui dédiera plus tard un livre, Terre des hommes, dans lequel il raconte avec une plume très touchante le périple de son compagnon. En voici un extrait.

« Mais que restait-il de toi, Guillaumet ? Nous te retrouvions bien, mais calciné, mais racorni, mais rapetissé comme une vieille ! Le soir même, en avion, je te ramenais à Mendoza où des draps blancs coulaient sur toi comme un baume. Mais ils ne te guérissaient pas. Tu étais encombré de ce corps courbatu, que tu tournais et retournais, sans parvenir à le loger dans le sommeil. Ton corps n’oubliait pas les rochers ni les neiges. Ils te marquaient. J’observais ton visage noir, tuméfié, semblable à un fruit blet qui a reçu des coups. Tu étais très laid, et misérable, ayant perdu l’usage des beaux outils de ton travail : tes mains demeuraient gourdes, et quand, pour respirer, tu t’asseyais sur le bord de ton lit, tes pieds gelés pendaient comme deux poids morts. Tu n’avais même pas terminé ton voyage, tu haletais encore, et, lorsque tu te retournais contre l’oreiller, pour chercher la paix, alors une procession d’images que tu ne pouvais retenir, une procession qui s’impatientait dans les coulisses, aussitôt se mettait en branle sous ton crâne. Et elle défilait. Et tu reprenais vingt fois le combat contre des ennemis qui ressuscitaient de leurs cendres.

Je te remplissais de tisanes :

« Bois, mon vieux ! »

« Ce qui m’a le plus étonné… tu sais… »
Boxeur vainqueur, mais marqué des grands coups reçus, tu revivais ton étrange aventure. Et tu t’en délivrais par bribes. Et je t’apercevais, au cours de ton récit nocturne, marchant, sans piolet, sans cordes, sans vivres, escaladant des cols de quatre mille cinq cents mètres, ou progressant le long de parois verticales, saignant des pieds, des genoux et des mains, par quarante degrés de froid. Vidé peu à peu de ton sang, de tes forces, de ta raison, tu avançais avec un entêtement de fourmi, revenant sur tes pas pour contourner l’obstacle, te relevant après chutes, ou remontant celles des pentes qui n’aboutissaient qu’à l’abîme, ne t’accordant enfin aucun repos, car tu ne te serais pas relevé du lit de neige.

Et en effet, quand tu glissais, tu devais te redresser vite, afin de n’être point changé en pierre. Le froid te pétrifiait de seconde en seconde, et, pour avoir goûté, après la chute, une minute de repos de trop, tu devais faire jouer, pour te relever, des muscles morts.

Tu résistais aux tentations. « Dans la neige, me disais-tu, on perd tout instinct de conservation. Après deux, trois, quatre jours de marche, on ne souhaite plus que le sommeil. Je le souhaitais. Mais je me disais : « Ma femme, si elle croit que je vis, crois que je marche. Les camarades croient que je marche. Ils ont tous confiance en moi. Et je suis un salaud si je ne marche pas. »

Et tu marchais, et, de la pointe du canif, tu entamais, chaque jour un peu plus, l’échancrure de tes souliers, pour que tes pieds qui gelaient et gonflaient, y pussent tenir.

Tu m’as fait cette étrange confidence :

« Dès le second jour, vois-tu, mon plus gros travail fut de m’empêcher de penser. Je souffrais trop, et ma situation était par trop désespérée. Pour avoir le courage de marcher, je ne devais pas la considérer. Malheureusement, je contrôlais mal mon cerveau, il travaillait comme une turbine. Mais je pouvais lui choisir encore ses images. Je l’emballais sur un film, sur un livre. Et le film ou le livre défilait en moi à toute allure. Puis ça me ramenait à ma situation présente. Immanquablement. Alors je le lançais sur d’autres souvenirs… »

Une fois cependant, ayant glissé, allongé à plat ventre dans la neige, tu renonças à te relever. Tu étais semblable au boxeur qui, vidé d’un coup de toute passion, entend les secondes tomber une à une dans un univers étranger, jusqu’à la dixième qui est sans appel.

« J’ai fait ce que j’ai pu et je n’ai point d’espoir, pourquoi m’obstiner dans ce martyre ? Il te suffisait de fermer les yeux pour faire la paix dans le monde. Pour effacer du monde les rocs, les glaces et les neiges. À peine closes, ces paupières miraculeuses, il n’était plus ni coups, ni chutes, ni muscles déchirés, ni gel brûlant, ni ce poids de la vie à traîner quand on va comme un bœuf, et qu’elle se fait plus lourde qu’un char. Déjà, tu le goûtais, ce froid devenu poison, et qui, semblable à la morphine, t’emplissait maintenant de béatitude. Ta vie se réfugiait autour du cœur. Quelque chose de doux et de précieux se blotissait au centre de toi-même. Ta conscience peu à peu abandonnait les régions lointaines de ce corps qui, bête jusqu’alors gorgée de souffrances, participait déjà de l’indifférence du marbre.

Tes scrupules mêmes s’apaisaient. Nos appels ne t’atteignaient plus, ou, plus exactement, se changeaient pour toi en appels de rêve. Tu répondais heureux par une marche de rêve, par de longues enjambées faciles, qui t’ouvraient sans efforts les délices des plaines. Avec quelle aisance tu glissais dans un monde devenu si tendre pour toi ! Ton retour, Guillaumet, tu décidais, avare, de nous le refuser.

Les remords vinrent de l’arrière-fond de ta conscience. Au songe se mêlaient soudain des détails précis. « Je pensais à ma femme. Ma police d’assurance lui épargnerait la misère. Oui, mais l’assurance… »

puesto cerro negro ruisseau Yaucha
																  															  

Dans le cas d’une disparition, la mort légale est différée de quatre années. Ce détail t’apparut éclatant, effaçant les autres images. Or, tu étais étendu à plat ventre sur une forte pente de neige. Ton corps, l’été venu, roulerait avec cette boue vers une des mille crevasses des Andes. Tu le savais. Mais tu savais aussi qu’un rocher émergeait à cinquante mètres devant toi : « J’ai pensé : « Si je me relève, je pourrai peut-être l’atteindre. Et si je cale mon corps contre la pierre, l’été venu on le retrouvera. »

Une fois debout, tu marchas deux nuits et trois jours.

Mais tu ne pensais guère aller loin :

« Je devinai la fin à beaucoup de signes. Voici l’un d’eux. J’étais contraint de faire halte toutes les deux heures environ, pour fendre un peu plus mon soulier, frictionner de neige mes pieds qui gonflaient, ou simplement pour laisser reposer mon cœur. Mais vers les derniers jours je perdais la mémoire. J’étais reparti depuis longtemps déjà, lorsque la lumière se faisait en moi : j’avais chaque fois oublié quelque chose. La première fois, ce fut un gant, et c’était grave par ce froid ! je l’avais déposé devant moi et j’étais reparti sans le ramasser. Ce fut ensuite ma montre. Puis mon canif. Puis ma boussole. À chaque arrêt je m’appauvrissais…

« Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence… »

« Ce que j’ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. » Cette phrase, la plus noble que je connaisse, cette phrase qui situe l’homme, qui l’honore, qui rétablit les hiérarchies vraies, me revenait à la mémoire. Tu t’endormais enfin, ta conscience était abolie, mais de ce corps démantelé, fripé, brûlé, elle allait renaître au réveil ; et de nouveau le dominer. Le corps, alors, n’est plus qu’un bon outil, le corps n’est plus qu’un serviteur. Et, cet orgueil du bon outil, tu savais l’exprimer aussi, Guillaumet :

 

« Privé de nourriture, tu t’imagines bien qu’au troisième jour de marche… mon cœur, ça n’allait plus très fort… Eh bien ! le long d’une pente verticale, sur laquelle je progressais, suspendu au-dessus du vide, creusant des trous pour loger mes poings, voilà que mon cœur tombe en panne. Ça hésite, ça repart. Ça bat de travers. Je sens que s’il hésite une seconde de trop, je lâche. Je ne bouge plus et j’écoute en moi. Jamais, tu m’entends ? Jamais en avion je ne me suis senti accroché d’aussi près à mon moteur, que je ne me suis senti, pendant ces quelques minutes-là, suspendu à mon cœur. Je lui disais : « Allons, un effort ! Tâche de battre « encore… » Mais c’était un cœur de bonne qualité ! Il hésitait, puis repartait toujours… Si tu savais combien j’étais fier de ce cœur ! »

Dans la chambre de Mendoza où je te veillais, tu t’endormais enfin d’un sommeil essoufflé. Et je pensais : « Si on lui parlait de son courage, Guillaumet hausserait les épaules. Mais on le trahirait aussi en célébrant sa modestie. Il se situe bien au-delà de cette qualité médiocre. S’il hausse les épaules, c’est par sagesse. Il sait qu’une fois pris dans l’événement, les hommes ne s’en effraient plus. Seul l’inconnu épouvante les hommes. Mais, pour quiconque l’affronte, il n’est déjà plus l’inconnu. Surtout si on l’observe avec cette gravité lucide. Le courage de Guillaumet, avant tout, est un effet de sa droiture. »

Sa véritable qualité n’est point là. Sa grandeur, c’est de se sentir responsable. Responsable de lui, du courrier et des camarades qui espèrent. Il tient dans ses mains leur peine ou leur joie. Responsable de ce qui se bâtit de neuf, là-bas ; chez les vivants, à quoi il doit participer. Responsable un peu du destin des hommes, dans la mesure de son travail.

Il fait partie des êtres larges qui acceptent de couvrir de larges horizons de leur feuillage. Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.

Passage extrait de Terre des hommes.

Un « Retard dû au service »

A la fonte des neiges en décembre 1930, une équipe menée par Don Pastor Lima se charge de déterrer et de rapporter l’avion encastré dans le sol près de la laguna. Les sacs de courriers sont alors récupérés par l’Aéropostale qui prendra le soin de faire acheminer chacune de ces lettres rescapées en les tamponnant de la mention « Retard dû au service ».

Sur une des ailes de l’avion, on découvre également une inscription laissée par Guillaumet  au moment de son départ. Celle-ci dit  » N’ayant pas été repéré, je pars vers l’est. Adieu à tous. Ma dernière pensée sera pour ma femme ». Un témoignage supplémentaire de la bravour et de la vertu sans fin du pilote.

Cet accident survenu lors de sa 22ème traversée de la Cordillère, ne suffira pas à dégouter Henri Guillaumet de l’aviation et des Andes. Celui-ci reprend ses fonctions de pilote et sa ligne une fois sa période de convalescence achevée ; il vient même s’installer avec sa femme au pied de la Cordillère.

Au total, le pilote effectuera 393 traversées de la perilleuse chaine montagneuse et héritera pour ces exploits du surnom d’ « Ange de la Cordillère ».