Juan Gualberto Gomez

Témoin des retrouvailles entre Guillaumet et Saint Exupéry

Paysan toute sa vie dans la Cordillère des Andes, Juan Gualberto Gomez fut à 12 ans le témoin fortuit de retrouvailles qui ont laissé leur marque dans l’histoire. Alors qu’il cultivait son champ de maïs, il vit un avion qui faisait mine de vouloir se poser. Un habitant du coin le guida en enflammant un drapeau argentin qu’il avait sous la main. C’est Saint-Exupéry qui en sortit, et s’enquit tout de suite des passagers de la voiture qu’il avait repérée en survolant à basse altitude les lieux, et dans laquelle il avait l’intuition de trouver son grand ami Henri Guillaumet, porté disparu depuis une semaine.

rencontre juan gomez alain detigny
																  															  

Interrogé par Alain d’Etigny,  Juan Gualberto Gomez raconte 80 ans plus tard cette scène émouvante entre Guillaumet et Saint-Exupéry:

“J’ai vu les retrouvailles entre les deux aviateurs. Ils se sont embrassés et ils se sont mis à pleurer. Puis ils sont montés dans l’avion, ils ont fait demi tour, et une fois au-dessus du groupe de personnes, ils ont fait comme un salut avec les ailes.”

Dans le chapitre de Terre des Hommes intitulé “Les camarades”, Saint Exupéry narre la joie intense des retrouvailles au lieu dit La Consulta où il s’était empressé d’atterrir à peine entendue la nouvelle du sauvetage de Guillaumet:

Quarante minutes plus tard, j’avais atterri le long d’une route, ayant reconnu, à je ne sais quoi, la voiture qui t’emportait je ne sais où, du côté de San Rafaël. Ce fut une belle rencontre, nous pleurions tous, et nous t’écrasions dans nos bras, vivant, ressuscité, auteur de ton propre miracle. C’est alors que tu exprimas, et ce fut ta première phrase intelligible, un admirable orgueil d’homme : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. »

monument hommage guillaumet mendoza
																  															  

Ces retrouvailles sont d’autant plus intenses, que cela faisait 5 jours que Saint-Exupéry et Deley survolaient inlassablement et désespérément les Andes pour trouver des traces de leur ami Guillaumet. Celui ci avait été pris le 13 juin 1930 dans une terrible tempête de neige sur sa liaison de Santiago du Chili à Mendoza.

Contraint à un atterrissage forcé de son Potez 25 au bord de la Laguna Diamante, il s’était retrouvé sans ressource au pied du volcan Maipu, par 3250 m d’altitude, en plein hiver austral. Mais le miracle de sa volonté et de sa résistance à la faim, au froid, à la fatigue lui avait permis de marcher au-delà de ses forces jusqu’à ce qu’un jeune berger le découvre.