L’espagnol d’Argentine et le lunfardo

Particularités du castellano

L’accent, le vocabulaire, l’emploi du vos et du son « ch », le lunfardo… Les particularismes de l’espagnol de l’Argentine et de l’Uruguay déconcertent parfois les hispanophones habitués au castillan de la péninsule ibérique. En Argentine même, il y a plusieurs accents, assez prononcés dans la région de Córdoba et dans le Nord. Ce qui rend la façon de parler des Argentins si caractéristique est en réalité l’accent portègne, de Buenos Aires.

– L’accent : en débarquant à Buenos Aires, c’est d’abord la mélodie italienne qui frappe. Parmi les millions d’immigrants qui ont peuplé la ville et le pays, les Italiens étaient les plus nombreux. L’espagnol s’est alors imprégné des sonorités italiennes, et de nombreux mots italiens qui, déformés, ont donné un vocabulaire spécifique.

A Buenos Aires comme à Montevideo, la prononciation de « ll » et « y » est très caractéristique: yo se prononce entre le « cho » et le « jo » français. Que ceux qui éprouvent des difficultés à prononcer « ci » et « ze » comme en Espagne (comme le th anglais, avec la langue entre les dents) se rassurent : en espagnol américain, il n’y a pas de différence entre les sons s, c et z.

– Le vocabulaire : l’Argentine a ses régionalismes comme tous les pays de langue espagnole. Et Buenos Aires a aussi un argot, le lunfardo : il s’est formé à la fin du XIXe siècle lors des grandes vagues d’immigration, par un mélange de mots d’origines italienne, espagnole, française, etc. Cet argot a d’abord été le langage des voyous et des prisons puis beaucoup de mots de lunfardo ont intégré le langage courant au point qu’il est aujourd’hui souvent difficile d’établir la limite entre lunfardo et argentinisme. Il a aussi été beaucoup utilisé dans les textes de tango.

– La grammaire : l’emploi du vos (le voseo) au lieu du pour tutoyer, en usage en Espagne jusqu’au XVIe siècle. Le pluriel est Ustedes (3e pers.) et non vosotros (2e). La conjugaison du vos au présent est particulière, elle se forme avec la deuxième personne du pluriel sans le i: vos podés (tú puedes), vos venís (tú vienes), etc. Le complément d’objet direct est le te et non le os :¿Vos cómo te llamás?

Petit lexique argentin-français (avec équivalent en espagnol d’Espagne lorsque ce n’est pas de l’argot)

Expressions

A full : bondé et d’arrache-pied. Trabajar a full : travailler d’arrache-pied
Al cuete : en vain, pour rien
Atorrante : sans scrupules, canaille
Bancar
: supporter. No lo banco más : je ne peux plus le supporter
Bárbaro
: super, génial
Bola(no) dar bola a alguien : (ne pas) prêter attention à quelqu’un
Boludo/a : idiot, crétin (employé souvent dans un sens amical). Entrée en conversation typique du jeune Portègne : ¡Che boludo! ou ¡Che bolu! On dit aussi hacerse el boludo : faire l’imbécile.
Buena onda (de)
: sympa, cool, bon esprit. Contraire : mala onda
Cana : flic
Chabón : type, mec
Chanta : bon à rien, bricoleur, quelqu’un à qui on ne peut pas faire confiance
Che (prononcer « tché ») : interjection signifiant eh! alors! (raison pour laquelle Ernesto Guevara a été surnommé Che)
Cheto/a : chic, BCBG
Chorro : voleur
Coparse : adorer. Me copa salir : j’adore sortir
Dale
: ok, d’accord (équivalent du vale d’Espagne)
Del orto : nul, moche, de mauvaise qualité
Fiaca : paresse, flemme. Tener fiaca ou estar con fiaca : avoir la flemme
Gallego : Espagnol, quelle que soit sa région d’origine
Guita : argent, fric
Hinchapelotas : casse-couilles. No me hinches las pelotas : ne me casse pas les pieds
Laburo : boulot, et laburar : bosser
Mango = peso : sou, radis, thune. Quedarse sin un mango : se retrouver sans un sou
Mina : minette, femme
Mucama : femme de ménage
Patota : bande de voyous
Pedo : littéralement pêt. S’emploie dans des expressions telles que ni en pedo : jamais de la vie (aussi ni a palos) ; Mandar al pedo : envoyer balader, sur les roses.
Pelotudo : idiot
Pendejo : petit con
Pibe/piba : mec/nana
Piola : sympa
Pucho : cigarette, clope
Quilombo : bordel, dans tous les sens du terme. ¡Es un quilombo!
Rajar (se) : se tirer, filer
Re : superlatif, par exemple resimpático : très sympathique. On va même parfois plus loin : recontrasimpático
Tomar, agarrar (coger) : prendre. Comme dans beaucoup de pays d’Amérique, coger n’est employé que dans un sens sexuel.
Trucho : faux, clandestin, illégal
Zafar : bien s’en tirer

En ville et en voyage

Arribo (llegada) : arrivée
Baño, toilette (servicios) : toilettes
Boleto (billete) : billet (de bus)
Boliche : boîte de nuit, ou restaurant
Bulín : appartement
Cancha (estadio) : stade
Colectivo (autobus) : bus (en ville)
Estacionar (aparcar) : se garer
Forro (preservativo) : préservatif
Micro, omnibus (autobus) : bus (longue distance)
Nafta (gasolina) : essence
Partida (salida) : départ
Pasaje (billete) : billet (d’avion, de bateau)
Pasto (césped) : pelouse, gazon
Pileta (piscina) : piscine
Remise ou remis : taxi privé sans signe distinctif
Ripio : gravier, non goudronné, pour une route
Subte (metro) : métro
Telo : verlan de hotel, dans le sens d’albergue transitorio
Vereda (acera) : trottoir

A table

Achuras : abats, servis en entrée dans le traditionnel asado
Ají : piment
Alcaucil (alcachofa) : artichaut
Chaucha (judía verde) : haricot vert
Choclo : maïs tendre (jeune)
Chop(p) : bière pression
Damasco (albaricoque) : abricot
Durazno (melocotón) : pêche
Facturas : viennoiseries
Feta (lonja) : tranche
Frutilla (fresa) : fraise
Jugo (zumo) : jus
Medialuna : croissant
Morrón (pimiento) : poivron
Palta (aguacate) : avocat
Pancho (perrito caliente) : hot-dog
Pomelo (toronja) : pamplemousse
Poroto (blanco, negro) : haricot (blanc, noir)
Zapallito (calabacín) : courgette

Vêtements et accessoires

Anteojos (gafas) : lunettes
Bombacha (bragas) : petite culotte
Campera (chaqueta) : veste, blouson
Malla (bañador) : maillot de bain
Pollera (falda) : jupe
Remera (camiseta) : tee-shirt