Le Gauchito Gil

Figure légendaire d’Argentine

Le Gauchito Gil est une figure mythique de l’Argentine rurale, dont le culte populaire a récemment pris des proportions démesurées. 500.000 fidèles se rendent à son sanctuaire de Mercedes chaque 8 janvier, pour l’anniversaire de son exécution en 1878. La légende raconte que le Gauchito Gil aurait dit avant de mourir à son bourreau de le prier pour qu’il sauve la vie de son fils malade. Ce dernier fut le premier à lui dédier un sanctuaire suite à la guérison miraculeuse de son fils.

gauchito gil
																  															  

La version la plus courante de sa vie raconte qu’Antonio Gil passa sa vie à travailler comme gaucho. Fidèle au culte de San La Muerte, il aurait eu une affaire avec une riche veuve, ce qui le fit haïr par ses beaux frères et par le chef de la police locale qui avait courtisé la même femme. Pour se mettre à l’abri, le gaucho s’enrôla dans la Guerre de la Triple Alliance contre le Paraguay de 1864 à 1870. Il fut recruté à son retour par le Parti Autonomiste pour lutter contre les libéraux, mais déserta rapidement. On le captura, et l’égorgea après l’avoir pendu par les pieds à un arbuste épineux.

Une autre version en fait un paysan qui dédia sa vie à aider les plus pauvres. Recruté pour servir à la Guerre de la Triple Alliance, il déserta et prit la tête d’un groupe d’autonomistes qui détroussaient les riches et tuaient les libéraux. Le bruit courait que les balles ne le touchaient pas, à cause de sa dévotion pour San La Muerte. Il fut donc égorgé.

Considéré a posteriori comme un saint qui intercède pour les plus humbles, le Gauchito n’est pas reconnu par l’Eglise, et pour cause, il a en réalité mené une vie de bandit de grands chemins, déserteur et pillard.

Fleurs pour le Gauchito Gil
																  															  

Comme le Gauchito est avant tout une figure de justicier, vengeur des plus faibles, son culte attire surtout la classe populaire. La prière la plus répandue est une sorte de marché passé avec le Gauchito Gil pour s’attirer ses faveurs en échange d’un pèlerinage régulier sur le lieu de sa mort : « Je t’en prie, exauce-moi, Gauchito Gil, je te jure que pour te remercier, je reviendrai, pour toi Gauchito Gil. Je te demande la santé, la paix et du travail, pour tous les miens. » 

Tout autour du sanctuaire du Gauchito se serrent une multitude de marchands de ballons de football, appareils photo, mate et bombilla, autocollants, couteaux ou encore churipan, sorte de hot-dog populaire. Plus on s’approche, plus les objets se font pieux, et l’on peut se fournir en offrandes ; images saintes, bougies et fanions.

 

Les versions de sa vie sont diverses, mais toutes s’accordent pour dire qu’Antonio Mamerto Gil Núñez est né vers 1840 à Pay Ubre, à 8 km de Mercedes, dans la province de Corrientes.

Ses lieux de culte sont signalés par des foulards rouge accrochés en bord de route, tout comme son sanctuaire principal, situé à l’intersection des routes 123 et119. Il est surtout vénéré sur le littoral argentin, mais aussi très présent dans les santerías de Buenos Aires, le long de la Vallée des Calchaquíes au Nord et jusqu’en Terre de Feu au Sud.

hommage gauchito gil
																  															  

Nombreux étaient les paysans qui marchaient des kilomètres pour lui confier leurs prières, que ce soit pour recouvrer la santé, trouver un fiancé, avoir un enfant, changer de voiture, acheter une maison, réussir ses examens ou encore avoir une belle pluie pour leur récolte. Le lieu de culte disparait d’ailleurs sous les objets offerts en action de grâce pour son intercession : trophées sportifs et guitares des musiciens à succès, papiers de l’ancien véhicule changé grâce à lui.

Le climat qui règne est saturé d’émotion ; les gens rient, pleurent, prient, se serrent dans les bras. Un orchestre de chamamé met en transe la foule, d’où s’élève alors le sapucay, sorte de chant de la province de Corrientes dont la mélopée monocorde et aiguë est parfois ponctuée de cris et d’exclamations. Toute la foule se presse pour toucher la tombe du Gauchito, dont la statue est usée par le contact empressé de tant de mains.

 

 

culte gaucho gil
																  															  

Aux côtés des cultes païens de San La Muerte et du Gauchito, on peut aussi nommer la dévotion populaire plus récente à Pancho Sierra, sorte de saint païen de La Pampa vénéré à Salto. Cet estanciero était réputé de son vivant pour ses dons de clairvoyance et de guérison, avant même que le pèlerin lui ait formulé sa demande. Le sanctuaire du Pancho est encore en construction, et les fidèles se retrouvent donc autour de sa tombe couverte de fleurs et de plaques de remerciements, dans le cimetière de Salto.