Le fileteado argentin au patrimoine mondial de l’humanité

04 décembre 2015Culture et Patrimoine

Cet art populaire et joyeux vient d'être inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.

Fileteado argentinLe fileteado argentin au patrimoine mondial de l’humanité
Ce dimanche 6 décembre 2015, Buenos Aires fête la reconnaissance officielle de l’art du fileteado par l’Unesco. Une rétrospective mêle des plaques aux côtés de bus et camions décorés, en mémoire des origines de ce dessin très facilement reconnaissable à ses volutes de couleurs vives et ses arabesques autour des lettres.

De la joie qui se peint
Florencia Kerman, une des rares femmes du métier, explique que le fileteado est un sentiment de joie qui se peint, tout comme le tango est un sentiment triste qui se danse selon le grand compositeur Discepolo. L’Unesco recense les motifs principaux des fileteados, à caractère social et religieux, de vénération populaire vis à vis d’un footballeur, d’un chanteur de tango ou d’un saint patron protecteur.

Né dans les garages
Cet art populaire décoratif est un des emblèmes de Buenos Aires. Au même titre que le tango, il est difficile de préciser sa date de naissance. Les premiers fileteados apparaissent au début du XXe siècle, dans les ateliers de voiture où des immigrants italiens adoptent spontanément cette façon de rendre uniques les camions et bus qu’ils fabriquent ou réparent. Les trois premiers fileteadores connus sont Salvador Venturo, Vicente Brunetti et Cecilio Pascarella, qui travaillèrent dès leur plus jeune âge dans un garage de l’avenue Paseo Colón.

En réinvention permanente
Lorsque les charrettes attelées sont interdites en 1940, l’art du fileteado passe aux bus. En 1970, la dictature le limite comme toutes les expressions artistiques, et il se réfugie alors sur des plaques de fer ou des chevalets. Peu à peu, le fileteado profite de l’adoption par le grand public pour sortir sur des façades, des bouteilles et des disques. C’est en 2006 que le fileteado est déclaré patrimoine culturel à l’initiative de Norberto La Porta. Les artistes contemporains comme Rolando Bianchi attachent beaucoup d’importance à leur apprentissage traditionnel, souvent de père en fils. Et ils n’ont de cesse d’investir de nouveaux lieux, en ornant des instruments de musique, des meubles, des vêtements et même des corps peints ou tatoués. En 2012, le musée du Filete Porteño est inauguré à Buenos Aires.

La géographie urbaine du fileteado
Il prend ses lettres de noblesse en investissant l’espace public dans plusieurs quartiers de la capitale. Jorge Muscia participe au concours de l’Abasto en 2003 et 2004, qui permet d’orner la maison de Carlos Gardel, le long du Paseo du Fileteado. A Boedo, c’est Luis Zorz qui parsème les rues de 40 belles plaques de fileteados. On ne compte plus les grands cadres peints par Martiniano Arce pour la paroisse de San Pedro à San Telmo. Et La Boca a adopté depuis ses origines ces lettres qui dansent sur les vitrines de ses petits commerces et de ses cafés. Alfredo Genovese anime des ateliers pour initier les nouvelles générations et perpétuer cet art populaire, convivial et joyeux.

Des fileteados à la taille de la capitale
Freddy « Filete » Fernández s’est quant-à-lui spécialisé dans les œuvres monumentales. La cantine du Club Andes Talleres, à l’angle entre les rues Belgrano et Castellani est parée d’un immense Carlos Gardel assez rockeur autour duquel virevoltent les paroles du tango Volver. La piste de vélo entre les rues Estrada et General Paz longe une fresque de 10 m sur 30 qui rend hommage au réalisateur Norman Briski, et la rue Carola Lorenzini se couvre à l’angle avec la rue Joaquín V. González d’un ciel de bondonéons dédié à Rodolfo Mederos, Aníbal Troilo et Astor Piazzola.