L’Impénétrable, un nouveau Parc national en Argentine

24 octobre 2014Environnement

La province du Chaco peut s’enorgueillir d’abriter le plus grand parc protégé du Nord de l’Argentine devant le Parc national Iguazú.

El Impenetrable

L’estancia la Fidelidad s’appellera désormais le Parc national L’Impénétrable. Né d’une souscription publique datant des années 1980 et lancé par un collectif d’entreprises locales, d’ONG écologistes et de nombreux acteurs de la société civile, le projet de création du parc national a finalement été approuvé par la Chambre des députés ce mercredi 22 octobre.

Des espèces en voie de disparition désormais protégées

Chaco est un mot Quechua qui signifie « terrain de chasse ». La chasse fut en effet la ressource principale pour les tribus autochtones, puis petit à petit, devenue une activité lucrative pour les braconniers. Désormais il ne sera plus possible de partir chasser le moindre gibier au sein de cet immense parc de 150 000 hectares. L’Impénétrable protège une grande variété de faune et de flore, notamment des espèces en voie de disparition comme le jaguar, le tatou géant, le fourmilier, le tapir, le caïman yacaré et l’aigle solitaire.

Selon Andrés Bosso, responsable des parcs nationaux de la région, le Parc abriterait quelque 350 espèces d’oiseaux, soit 35% des espèces totales rencontrées en Argentine. Le Parc national El Impenetrable a donc suffisamment de potentiel pour devenir un site naturel majeur à l’image des Parcs Esteros del Iberá et Iguazú. Le parc serait aussi une source de création d’emplois non négligeable dans cette région, l’une des plus pauvres d’Argentine, où 47% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Longtemps le développement de la région fut lié à l’exploitation des forêts de quebracho colorado et blanco, deux espèces d’arbre utilisées en ébénisterie, dans la fabrication de parquets mais aussi pour le charbon de bois. Suite à une surexploitation de ses arbres au siècle passé, leur prévalence s’est réduite de façon alarmante. L’objectif est clair : limiter le phénomène de déforestation et repousser l’avancée des frontières agricoles. Les ensemencements de soja, sorgho et maïs ne cesse de retirer au Chaco de grandes surfaces forestières.

Une victoire collective et prometteuse

Le projet n’aurait pas été possible sans les efforts d’un collectif humain, uni autour d’une même ambition : la préservation de zones forestières chaqueñas face aux menaces de déforestation. Fait historique, il s’agit en effet du premier espace protégé créé par souscription publique, grâce à la volonté d’un conglomérat d’institutions. Ainsi une trentaine d’ONG locales et nationales telle que la Banque des forêts, une partie des entreprises locales, des communautés paysannes et aborigènes, dont la subsistance est directement liée à la forêt, ont lutté ensemble pour obtenir cette législation en faveur du Parc national.

Parmi toutes les initiatives, une campagne de sensibilisation lancée par la marque d’eau minéral Villavicencio a permis de lever une partie des fonds pour la concrétisation de ce projet. Pour chaque bouteille achetée, le consommateur contribue financièrement à la protection d’un mètre carré de forêt dans la province du Chaco. L’opération « Dejá tu Huella: una Reserva por más reservas » « Laisse ton empreinte : une réserve pour plus de réserves » espère désormais atteindre un total de 48 millions de mètres carrés de forêts protégées en voie de disparition.

Dans la même perspective, l’ONG la Banque des Forêt mis en place un système de dons géoréférencées, via une interface qui permet à un donneur de sauver quelques mètres carrés de forêts chaque mois.

La péril de la déforestation en Argentine

Au cours des 20 dernières années, l’Argentine a perdu près de cinq millions d’hectares de forêts, 70% d’entre eux situé dans le Gran Chaco Americano, forêt d’un million de kilomètres carrés partagés entre l’Argentine, la Bolivie et le Paraguay. Bien que la loi sur la protection de l’environnement des forêts en Argentine ait été adoptée en 2007 et soit en vigueur depuis 2009, la déforestation se poursuit à grande vitesse.

Emiliano Ezcurra, le directeur de la Banque des Forêts, a prévenu : « Si toutes les provinces de l’Argentine se mettaient à détruire leurs aires forestières à la même vitesse que la province du Chaco, en 30 ans le pays ne disposerait plus de forêts ». Il semblerait que la création du Parc National El Impenetrable ne soit pas seulement une bonne nouvelle pour l’équilibre environnemental mais aussi un grand pas face à la suprématie de la culture intensive dans le paysage agricole argentin.