Douglas Tompkins : un amoureux de la nature qui préserve la Patagonie

24 mai 2013Environnement

Douglas Tompkins, millionnaire américain écologiste, vient de faire la donation de 15 000 hectares au Parc national Perito Moreno en Patagonie argentine.

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El Rincón intègre le Parc national Perito Moreno

Chacun d’entre nous a en lui une passion, un hobby : d’aucuns s’intéressent aux sports, à l’art ou au militantisme politique. Douglas Tompkins, lui, créé des parcs nationaux.

Jeudi 16 mai dernier, il a cédé à l’Etat sa propriété d’El Rincón, qui couvre 15 000 hectares dans la province argentine de Santa Cruz, et qui va rejoindre le Parc national Perito Moreno. Ainsi, il mise sur la pérennité de la protection de la région, qu’il a activement restaurée depuis son acquisition en 1992. Cette donation permet également au grand public de découvrir l’un des joyaux des Andes : le mont San Lorenzo, le plus haut sommet de Patagonie argentine avec ses 3 706 m.

Il s’agit de sa 4e donation au gouvernement argentin, après des parcelles du Parc provincial de Piñalito et de la réserve Esteros del Iberá dans la province de Misiones, et de l’estancia Monte León au sein du Parc national du même nom.

De l’autre côté des Andes, au Chili, plusieurs projets de restauration ou de protection ont vu le jour sous son impulsion dans le parc de Pumalín, la baie Yendegaia, les propriétés du volcan Melimoyu, de l’île Magdelena, de Cabo León, le sanctuaire d’araucarias d’El Cañi et la vallée de Corcovado.

Au total, ce sont 11 parcs naturels chiliens et argentins qui ont bénéficié de la protection de ce passionné de nature de 70 ans.

Du monde des affaires à celui de l’environnement
Depuis plus de 20 ans, Douglas Tompkins se livre activement à la préservation des espaces naturels. C’est au lendemain d’un tournant majeur dans son existence et dans sa carrière professionnelle que tout commence.

Homme d’affaires brillant, Tompkins crée la marque d’équipement sportif de montagne The North Face à l’âge de 21 ans, avant de poursuivre une voie d’entrepreneur à succès en créant la marque de prêt-à-porter Esprit avec sa première femme. C’est à la fin des années 1980, après plus de 10 ans de développement de ses entreprises, qu’il prend la mesure de l’impact écologique que représente l’industrie textile. Il décide alors de vendre toutes ses parts de la marque Esprit et de partir pour le sud du Chili vers une vie d’activisme écologique.

Dans la foulée, il crée la Foundation for deep ecology, dédiée à la protection des régions menacées par l’exploitation agressive de la nature et à la promotion de l’agriculture durable. Une nouvelle activité commence pour lui, celle de la restauration d’espaces naturels !

Son amour pour la Patagonie date d’un voyage initiatique effectué quelques années plus tôt en compagnie de son ami Yvon Chouinard, devenu ensuite le créateur de la marque d’équipement de montagne Patagonia. Au départ de San Francisco, ils relièrent la Patagonie argentine afin de gravir le mont Fitz Roy par sa face nord, la plus difficile. C’est cette aventure qui donna son nom à la marque d’équipement sportif devenue célèbre.

Une stratégie efficace

Des années après avoir débuté son militantisme écologique, le bilan de Douglas Tompkins est éloquent : à ce jour et avec l’aide de son épouse Kris, il a restauré une surface totale de 80 000 hectares de terre sauvage. Le procédé de ce passionné de nature est simple, et se fait en trois étapes.

Douglas Tompkins et sa femme -  Crédit CC flickr/ Sam Beebe

Il commence par acheter l’espace qui l’intéresse auprès des autorités locales. Puis il restaure la biodiversité et en assure la protection, en réintroduisant par exemple des espèces. La troisième et dernière étape consiste en l’aménagement de ces espaces pour accueillir les visiteurs tout en respectant le milieu.

Des infrastructures nécessaires à la visite du public sont alors construites : centres administratifs, offices de tourisme, lieux d’hébergement en harmonie avec la nature environnante ou encore systèmes de production d’énergie renouvelable. Des chemins et des circuits de visite sont créés, ainsi que des zones de campement.

Une fois le processus abouti, Tompkins confie le territoire au gouvernement, afin qu’il soit intégré à la réserve ou au parc attenant.

Concrètement, les modalités varient d’une région et d’un projet à l’autre. Le sol du territoire d’El Rincón a par exemple souffert de l’élevage intensif de bétail exercé pendant des années. En effet, les moutons, en broutant l’herbe de manière inégale, empêchent une bonne repousse et entraînent la désertification de la région. Lors de l’acquisition du terrain, cette activité a été retirée de la zone et les prés ont montré rapidement des signes de récupération. Selon les biologistes, on pourrait même assister à un retour du huemul, cervidé andin présent dans la région, sur ce nouveau territoire d’El Rincón.

De la même manière, les animaux sauvages du sud de la province de Santa Cruz se réinstallent petit à petit dans le Parc national Monte León, créé par la fondation de Kris Tompkins, Conservación Patagónica. En effet, après des décennies de dégradation causée par l’élevage de bétail, le sol de la région peut aujourd’hui se reconstituer afin de devenir de nouveau un milieu idéal pour les espèces locales telles que le guanaco, le puma, le nandou ou encore le renard gris. Le parc abrite sur 60 000 ha et 40 km de côte des milliers d’oiseaux, de manchots et de lions de mer.

Autre exemple, dans le cadre du projet d’agrandissement du Parc national Esteros del Iberá, Tompkins et sa fondation The Conservation Land Trust se sont efforcés de réimplanter sur la zone les espèces sauvages menacées par l’activité humaine. Nombre d’entre elles, menacées par la destruction de leur habitat et ne mettant au monde que peu de petits chaque année, sont en voie d’extinction. C’est le cas du cerf des pampas, du jaguar ou encore du fourmilier géant. Ce dernier était absent de la région depuis des siècles, et on compte aujourd’hui 24 individus dans le Parc Esteros del Iberá, grâce à une mission de réinsertion initiée en 2007. Cette action permit la naissance de 7 petits fourmiliers, à l’état sauvage, dans la réserve.

Aujourd’hui le milliardaire poursuit ses rêves de conservation des espaces naturels.

Pour en savoir plus sur les parcs préservés en Argentine par Douglas Tompkins et son épouse, rendez-vous sur le site officiel de la fondation Conservation Land Trust. Les projets à venir sont tous sur le site de Douglas Tompkins. La philosophie écologique du milliardaire américain est expliquée, en outre, sur le site de sa fondation Deep Ecology.