3 octobre 2022

 

Le massif du Fitz Roy est un incontournable pour tout randonneur qui voyage en Patagonie argentine. Un seul petit village, El Chaltén, accueille les voyageurs venus du monde entier, les bottines bien lacées, pour profiter des paysages iconiques de la “capitale du trekking”.

Massif du Fitz Roy El Chalten

En réalité, El Chaltén n’a rien d’une capitale. Le village a beau être un rendez-vous touristique, il garde un esprit de communauté. Comme il est de coutume dans les refuges de montagne, lorsque vous vous promenez dans la rue, il est ainsi assez courant de s’arrêter quelques minutes pour parler avec des passants, et échanger sur vos expériences et bons plans.

Lorsque nous arrivons à El Chaltén, nous nous hâtons de déposer nos affaires à l’hôtel pour partir gambader dans les hauteurs. Nous enfilons nos chaussures de marche et partons à la recherche d’un coin perché d’où nous pourrons admirer le village. Nous trouvons un sentier, nous nous y embarquons et alors que nous discutons, nous réalisons que le hasard nous a conduits sur les sentiers qui mènent à la Laguna Torre ! Nous rejoignons le mirador del Torre d’où nous pouvons apercevoir le Cordon Adela, le Cerro Torre et les aiguilles de l’emblématique Fitz Roy qui se détachent du ciel bleu et de la nature verdoyante des environs. Nous les avions aperçus une première fois alors que nous approchions le village, mais les voir ainsi est merveilleux.

Il est 17h et nous marchons depuis seulement 1 heure environ, alors nous décidons de pousser la promenade jusqu’à la Laguna Torre. Depuis le mirador, il ne reste presque plus de dénivelé à grimper. Pour nous, qui sommes habituées aux Alpes autrichiennes et aux Pyrénées françaises, ces grandes plaines dans les montagnes sont dépaysantes ! Arrivées à la Laguna Torre, nous avons à peine le temps d’admirer les petits icebergs qui flottent sur l’eau que le vent descendant des glaciers nous souffle de repartir. Le temps pressant, nous nous remettons en marche et nous arrivons au village vers 21h30, et les derniers rayons de soleil nous tirent leur révérence en enflammant le ciel.

Massif du Fitz Roy El Chalten
Le lendemain, nous partons en direction de la Laguna Toro qui semble être en marge des sentiers touristiques. Au programme : 35 kilomètres, 9 heures de marche, 20 minutes de pause déjeuner, et 10 minutes de pause au sommet. Le temps est bougon et nous avons le droit à un mélange entre pluie, neige et soleil. Mais cela veut dire que nous sommes seules au monde, il y a peu de touristes. Notre marche est rythmée et, passés les premiers dénivelés, nous atteignons à nouveau une grande vallée qui mène aux glaciers. Alors que nous déjeunons à l’entrée de cette vallée, un condor fait son apparition, nous survole de près et se pose à quelques dizaines de mètres de nous. Il me paraît d’abord petit, mais lorsqu’il se pose au sol, je réalise l’immensité de son être. Nous aurons la chance de profiter de sa compagnie pour le reste du trek. Après notre pause déjeuner, nous attaquons donc cette grande plaine qui doit nous mener à la lagune. Les paysages sont très différents de la veille : les roches sont teintes de rouge et orange, et se détachent des roches voisines encore enneigées. Nous traversons plusieurs tronçons de rivières, non sans nous tremper les bottines, et nous atteignons finalement notre but après 2 heures de marche. À nouveau, le vent souffle à tel point que nous ne restons que 10 minutes avant qu’il ne nous balaye. J’avais entendu parler du vent de Patagonie, mais je ne m’attendais pas à sentir sa force de souffle au point de me mettre à courir. Nous reprenons donc notre marche, en silence, rendues sourdes par le vent. Soudain nous entendons toutes les deux un appel au secours, semblant venir de quelqu’un proche de nous. Sans réfléchir nous courrons vers l’endroit d’où semble venir cette voix rauque… pour nous retrouver nez à nez avec une vache dans un buisson ! Ah ces vaches argentines !… Un petit coup d’adrénaline qui nous aidera probablement à continuer la route. Les pieds en compote et le sourire aux lèvres, nous arrivons juste à temps pour le coucher du soleil au-dessus du village.

Massif du Fitz Roy El Chalten

Notre marathon ne s’arrête pas là et nous repartons le lendemain pour une nouvelle balade, cette fois-ci plus douce. Après une bonne grasse matinée, nous entamons donc une marche de 6 heures, en direction de la fameuse Laguna de Los Tres. Encore une fois, le vent au sommet nous chasse… Mais quelle beauté ! Nous sommes arrivées au pied des aiguilles du Fitz Roy. Il y a un lac et beaucoup de pierres, mais presque aucune pousse d’herbe n’a survécu au froid. Sur le chemin du retour, le soleil nous signe son départ d’un ciel encore une fois enflammé, à croire que c’est une habitude dans cette région. Je reste béate devant de tels paysages, les bras ballants, les yeux écarquillés, comme perdue dans une peinture d’un grand artiste.

Massif du Fitz Roy El Chalten

Nous décidons alors de nous réveiller à 3h du matin la nuit suivante pour aller admirer le lever du soleil au pied de la Laguna de los Tres. Lorsque le réveil sonne, nous enfilons nos bottines, les visages encore endormis, et nous partons avec des lampes sur nos pas de la veille. Il fait froid et très sombre, alors nous marchons en silence, perdues dans nos pensées. Pressées par le froid et le temps, nous avançons au pas de course, et nous ne faisons aucune pause avant le sommet (3 heures 30 de marche). Au-dessus de nos têtes, nous pouvons clairement apercevoir la voie lactée… c’est magnifique ! Sur le flanc de la montagne, une ribambelle de lampes se suivent et s’apprêtent à gravir la dernière pente qui mène au lac. Une trentaine de personnes ont bravé la fatigue et le froid dans le seul but de voir quelque chose de beau. Je me demande pourquoi nous cherchons tant la beauté, et ce qu’il y a d’unique… Il n’y a presque aucun bruit, et je me perds dans les méandres de mes pensées. Le soleil annonce son arrivée en enflammant le ciel et les nuages. C’est inouï, je n’ai assurément jamais assisté à un tel spectacle. Mais ce n’est pas fini et alors que la lumière du jour s’installe, le Fitz Roy se colore de rose. Les couleurs s’attardent dix minutes à peine, mais cette marche de nuit restera parmi les meilleurs souvenirs de mon séjour à El Chaltén.

Massif du Fitz Roy El Chalten

Je repars à Buenos Aires le cœur rempli de merveilleux souvenirs. J’ai l’impression que les jours ont filé, et pourtant notre arrivée me paraît déjà très lointaine. El Chaltén est un joyau perdu dans l’immensité de la Patagonie, un incontournable de tout voyage en Argentine !

Marie L.R.

Carnet pratique

Comment y aller ? Vol de 3 heures 30 depuis Buenos Aires à El Calafate, suivi de 2 heures 40 en transport privé depuis l’aéroport.

Conseil pour les promenades : prévoyez des couches d’habits que vous pouvez mettre et enlever facilement au cours de la journée. Entre l’effort lorsqu’on monte et le froid qui s’installe lorsqu’on fait des pauses, on a vite fait d’alterner ! Mais ne sous-estimez pas le soleil en Patagonie, car même lorsqu’il est caché par des nuages, vous pourriez attraper des coups de soleil conséquents !

Un circuit ? Circuit en Patagonie argentine et chilienne.

 

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