Les promeneurs de chiens en Argentine et à Buenos Aires

Les promeneurs de chiens en Argentine

Les paseadores de perros

Je me souviens encore de mon étonnement la première fois que je vis dans la rue une meute de chiens (une bonne quinzaine) tous tenus en laisse par un seul homme qui avait pourtant l’air de ne pas se sentir débordé par la situation et qui marchait d’un pas rapide sur le trottoir. C’était lors de mon premier voyage à Buenos Aires.

J’avais cru que j’étais tombé sur un excentrique mais mon étonnement ne put que s’accroître lorsque j’en croisais un second quelques minutes plus tard. En fait, il s’agissait de ce qu’on appelle ici un promeneur de chiens ou « paseador de perros ».

Un travail comme un autre, du matin à la fin de l’après-midi, il déambule avec sa meute dans un quartier, ramassant un à un les chiens directement chez le particulier. Sonnant à l’interphone en bas de l’immeuble pour avertir la « dueña » de son passage, celle-ci descend aussitôt le chien en laisse qu’elle confie au promeneur qui le saisit d’un geste déterminé, adroit, j’ai même envie de dire: « d’un geste professionnel ».

promeneur chiens argentine
																  															  

Voilà qu’il accroche la nouvelle laisse à une sorte de mousqueton fixé à sa ceinture, celle-ci rejoignant déjà une bonne dizaine d’autres, toutes déjà complétées en leur extrémité par un joyeux animal à quatre pattes reniflant le nouveau venu. Toute la bande repart ainsi jusqu’à un autre immeuble, où se passera le même cérémonial.

Une fois que les effectifs (une bonne quinzaine de chiens) seront au complet, le promeneur les amène à une place spécialement aménagée pour les chiens où ils pourront courir, faire connaissance entre eux, ou somnoler sous un arbre.

Ce qui est incroyable, c’est de voir tous ces chiens dans la rue trottinant côte à côte dans un silence total, aucun n’aboie, aucun ne tiraille sur sa laisse. Comme si il s’agissait d’un escadron marchant au pas et connaissant le règlement, car celui-ci mis en place par le promeneur ne permet aucun relâchement de la part de ses « hommes ».

Pas de bagarre entre eux, même rythme de déplacement, et puis, bien sûr, respect pour celui qui a une envie pressante et qui fait dans le caniveau alors que tous les autres regardent en l’air et patientent, attendant le moment de repartir. Une sorte de micro culture où le promeneur « grand chef » a le droit de donner la caresse ou de tirer sec sur une laisse, histoire de montrer que l’anarchie n’a pas le droit de cité dans son « monde ».

Chaque promeneur a sa spécialité en taille canine, il y a ceux qui baladent les petits, d’autres les moyens, et puis ceux qui s’occupent des grandes tailles. Vous ne verrez donc pas souvent des bassets dans la même tribu que les bergers danois. Et puis ne croyez pas que seul le promeneur existe, il y a aussi la promeneuse (si, si, on en voit aussi mais minoritaires dans la famille d’accompagnateurs de canidés), elles sont en général chargées des « tailles basses ».

Dans le quotidien du chien à sortir, il y a deux « turnos », soit on appartient au turno du matin, soit au turno de l’après-midi, car Medor ne sort pas toute la journée mais en général 4 à 5 heures. Il fera sa « caminata » du lundi au vendredi, quelques promeneurs travaillent aussi le samedi mais c’est assez rare, le dimanche étant bien sûr le jour de relâche, donc le jour le plus détesté de la gente canidée porteña.

Certains s’occupent aussi de les laver, où même de les garder quelques jours, bref toute une série de services a pu se développer autour.

Promeneur de chiens, un métier commun à Buenos Aires
																  															  

Un décret publié par le gouvernement de la ville de Buenos Aires le 28 novembre 2001 (le jour même du déclenchement de la crise de 2001) DECRETO Nº 1.972/001, essaye de formaliser non pas la profession mais au moins les bons usages du promeneur. L’article 1, paragraphe 4, stipule qu’il est interdit de promener plus de 8 animaux ensemble, mais tous font la sourde oreille à cette prohibition et depuis quelques temps ce sont les promeneurs et les agents de la Policia Federal qui jouent au chat et à la souris pour le plus grand plaisir des chiens… car ils verbalisent les bougres !