2 novembre 2022

 

Inatteignable, vous avez dit ? Défi accepté. Nous nous sommes aventurés dans les hauteurs arides de la Puna argentine, à la découverte du village de Tolar Grande, des mines abandonnées de la Casualidad et Julia, et des paysages aux allures martiennes caractéristiques du salar d’Arizaro.

la puna argentine

La région de la Puna est préservée du tourisme de masse car les conditions climatiques et l’état du terrain demandent une préparation sérieuse qui peuvent en décourager certains. Pas de réseau, peu de passage, des carrefours sans indications, des températures qui chutent la nuit, un terrain instable où il est facile de s’embourber ou de crever un pneu… autant de raisons qui peuvent repousser les plus timides, mais attiser le sentiment d’aventure chez d’autres ! Pour nous, c’est l’appel de l’aventure qui a été le plus fort, et accompagnés de notre chauffeur-guide, nous nous sommes donc levés un petit matin et avons mis le cap sur Tolar Grande.

Nous nous étions préparés mentalement pour accomplir un Paris-Dakar, mais la réalité était bien différente. Nous avons été surpris de découvrir un chemin très praticable, qui nous a conduit sans encombre à notre destination en près de 4 heures de piste. Mais quel voyage époustouflant ! Chaque tournant, chaque colline nous révélait un paysage bien différent du précédent. Ayant dormi à San Antonio de los Cobres, nous sommes d’abord passés par le fameux Salar de Pocitos. Il s’agit de l’une des plus grandes étendues de sel de la Puna australe, au bord de laquelle habitent une quinzaine de familles. Ce petit village sert de relais aux entreprises minières qui ont de nombreux sites d’exploitation dans les environs. Nous ne nous attardons pas longtemps, et après avoir regonflé nos pneus et bu un café bien mérité, nous voilà repartis. Entre deux tournants nous croisons des vigognes, une espèce qui vit dans les hauteurs andines, à plus de 3.200 mètres d’altitude. Bien que très ressemblants aux lamas, vous serez probablement surpris d’apprendre qu’ils appartiennent à la même famille que les chameaux ! Nous en croiserons tout au long de notre périple, souvent en petits groupes, se fondant de par leur pelage dans les couleurs chaudes de la région. À l’exception d’un petit renard et de quelques oiseaux, ce seront les seuls animaux que nous croiserons dans cette région aride.

Salar de Pocitos

Juste avant d’atteindre le village de Tolar Grande, nous nous arrêtons pour nous rendre au plus près d’une des grandes attractions des environs : les Ojos de Mar (“yeux de la mer”). La métaphore est bien choisie, car alors qu’on croirait apercevoir deux flaques d’eau, et on discernerait au centre de ces flaques deux pupilles. Ces pupilles, sont en réalité les deux gouffres que l’eau a creusés dans le sel, et la couleur blanche de celui-ci contraste avec le bleu profond de l’eau. Nous sommes seuls autour de cette merveille géologique, une chance inouïe dans ce monde qui est de plus en plus visité.

Ojos de Mar

Le village de Tolar Grande est authentique, et tout est organisé pour les familles qui y vivent, en arrière-ligne des exploitations minières présentes dans les alentours. Depuis le village, il est possible de faire un aller-retour rapide (environ deux heures) pour voir le Cono de Arita, un cône situé au milieu du Salar de Arizaro qui demeure un mystère géologique. Nous revenons de cette courte expédition alors que le soleil commence à baisser et que cette belle journée se termine sous un ciel enflammé !

Cono de Arita

Le lendemain, nous voilà repartis de bonne heure pour visiter les mines abandonnées de La Casualidad et Julia. Pour nous y rendre, nous repartons sur nos pas de la veille mais alors qu’on se rapproche du Cono de Arita vers la mine de Caipe, nous longeons le Lago Salar de Arizaro et nous arrivons, après trois heures et demie de voiture dans le désert, à la fameuse mine de la Casualidad.

Il s’agit d’un ancien village qui servait de centre de traitement du soufre extrait à la Mina Julia. L’endroit fut déserté dans les années 1970 alors que la demande globale en soufre diminue. Nous passons les portes du village avec les fenêtres encore fermées, et ce n’est que lorsqu’on ouvre les portes qu’on est saisis par la forte odeur de soufre qui enrobe les nouveaux visiteurs. Le sol est jaune et des détritus jonchent le sol. Cependant, il ne s’agit pas des déchets auxquels nous sommes habitués en bons citadins, et on trouve de tout : des barils rouillés, des bouts de charpentes, d’anciens wagons de mineurs, une vieille semelle de chaussure, des restes de plaines de jeux, etc. Lorsque le centre d’exploitation de la Mina Julia a fermé en 1977, environ 2.000 habitants vivaient dans le village de La Casualidad. Une ONG, active jusqu’en 2005, a été créée dans le but de relancer l’activité du village en favorisant le tourisme. La Casualidad et ses environs ont ainsi été déclarés Monument Historique, ce qui explique que les lieux aient été laissés en l’état. Le temps semble s’y être figé, créant une atmosphère quelque peu mystérieuse et intrigante.

Tolar Grande Argentine

Nous remontons vite en voiture car nous voulons avoir le temps de pousser la promenade jusqu’à la Mina Julia, située à 30 kilomètres de là. Nous repartons donc, troquant les chemins goudronnés aux nombreux nids de poules pour les chemins de pierre et de terre. Alors que nous prenons de l’altitude, nous commençons à sentir la tête qui s’alourdit, le souffle qui se fait court, c’est grisant ! La Mina Julia se trouve à 5.200 mètres d’altitude, et il est rare de pouvoir s’aventurer aussi haut en voiture. Quand nous arrivons au sommet, le vent nous envoie une claque, chaque pas nous rappelle le défi que nous nous sommes lancés tout en nous permettant de savourer d’autant plus le paysage qui s’offre à nous.

Mina Julia

La Mina Julia domine sur un flanc de montagne jaune chrome. D’un côté l’Argentine, de l’autre le Chili. Lorsqu’on regarde du côté argentin, on peut apercevoir un long chemin blanc qui correspond à celui emprunté par le téléphérique emmenant le soufre à la Casualidad. De l’autre côté du flanc de montagne, on a une vision magnifique sur le volcan Lullaillaco, au sommet duquel furent retrouvées les 3 momies d’enfants incas aujourd’hui exposées au MAAM, à Salta. Au bout du terrain, on peut rentrer dans un petit tunnel creusé dans la montagne de soufre qui donne accès à une vue impressionnante sur le Chili et le volcan. Une expérience inouïe et un peu intimidante.

Tolar Grande

Chassés par le vent et le temps qui s’écoule, nous reprenons la route. Après un bon repas partagé dans le village de la Casualidad, nous repartons pour Tolar Grande. Nous y dormirons une dernière nuit avant de redescendre vers San Antonio.

Tolar Grande, Puna argentine

La région de Tolar Grande vaut à elle seule le voyage. Il faut vous préparer correctement et il est impératif d’y aller avec un chauffeur-guide. Cependant, une fois les précautions prises, vous pouvez y aller les yeux fermés… ou au contraire bien ouverts !

Marie L.R.

Carnet pratique

Comment y aller ? Vol Buenos-Aires – Salta (environs de Salta), puis se rendre en voiture à San Antonio de los Cobres (environs 3 heures), enfin 4 heures de piste pour atteindre Tolar Grande via le salar de Pocitos.

Où dormir : Hostería Casa Andina

Que prévoir ? Des habits chauds et un bon appareil photo.

Un circuit ? Voyage dans l’altiplano argentin.

 

Diaporama

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