2 mai 2022

 

Étendues sur près de 520 km, les vallées Calchaquíes sont aussi surprenantes qu’agréables de par leurs contrastes, leurs formes et leurs couleurs. En dépit de leurs paysages pharaoniques, elles regorgent de charmants villages coloniaux, de sites précolombiens et de bodegas. On vous emmène en immersion historique dans l’une des plus fascinantes régions d’Argentine.

Cafayate

Notre première étape est Salta, ville qui a le mieux conservé son patrimoine architectural. Son nom veut dire « très belle » en langue aymara. Après avoir déposé nos valises à l´hôtel, nous partons arpenter les ruelles de la ville jusqu’à la place 9 de Julio. Depuis la fondation de la ville en 1582, elle est le centre de la vie sociale de Salta. Son dessin rappelle ceux des villages espagnols : la Cathédrale rose qui domine les lieux, en face le Cabildo, siège du gouvernement, le Théâtre Provincial, le Centre Culturel… Une ancienne « recova » entoure la place, et ses arcades ombragées sont le siège des nombreux bars et restaurants, où les gens s’assoient pour boire un café et discuter. Nous admirons cette ambiance, calme pour une capitale provinciale, notamment à l´heure de la sieste.

Salta

Nous partons ensuite visiter le MAAM (musée d´archéologie de haute montagne), créé en 1999, à la suite de la découverte des momies de trois enfants incas sur le volcan Llullaillaco, le troisième plus haut volcan actif au monde. Nous restons captivés face au sarcophage, où l’une des momies est exposée. Elle est dans un état exceptionnel, le froid l´a conservée pendant 500 ans (sans aucun processus de momification). Nous nous attardons sur les intéressantes explications qu’offre le musée sur les rites incas. Il expose également de nombreux tissus, soulignant l´importance millénaire du textile dans la région andine.

Le soir nous avons envie de connaître la scène locale et on nous conseille d´assister à une « Peña » folklorique. Le long de la traditionnelle rue Balcarce on trouve de nombreux bars et restaurants régionaux. Dans une ambiance conviviale et festive, nous dégustons des tamales, sorte de papillote de maïs typique d’Amérique du Sud et une carbonada, un plat typique de la cuisine créole argentine. Des musiciens jouent du folklore, les gens dansent… Nous avons même essayé quelques pas, une nuit exceptionnelle !

Calchaquíes

Au matin, nous partons en direction de Cachi. Nous traversons les faubourgs de Salta. Notre guide s´arrête et descend acheter un petit sac de « feuilles de coca ». Il nous explique avec détail comment préparer les feuilles : il nous conseille de ne pas les mâcher, simplement les laisser dans la joue. Avec la salive, les propriétés des feuilles s´activent et cela nous aidera à éviter le mal d´altitude. Il faut également boire beaucoup d´eau et maîtriser ses efforts durant cette première journée pour laisser au corps le temps de s´acclimater. Nous reprenons la route avec déjà les premières saveurs des feuilles de coca et les accords de « Zamba de mi esperanza », musique locale qui s´accorde à la perfection avec les paysages.

La végétation verdoyante s´atténue au fur et à mesure que nous montons la saisissante « Cuesta del Obispo », qui nous mène au plus haut point de notre excursion, la Piedra del Molino, à 3.348 mètres d’altitude. Une halte s´impose pour prendre des photos… un superbe panorama s´offre à nos yeux : la route que nous venons de parcourir descend en lacets entre les montagnes et les falaises. Tout à coup, un condor apparaît et plane paisiblement devant nous, sous ce magnifique ciel bleu.

Nous continuons notre chemin, et arrivons à la fameuse « recta del Tintin » : la route est devenue maintenant une parfaite ligne droite qui se perd dans l´horizon. Le paysage qui nous entoure est parsemé des cactus candélabres millénaires qui ouvrent leurs bras vers le ciel, s’apparentant à des sentinelles en pleine invocation solennelle. Un panneau routier nous étonne, il annonce le passage des troupeaux des lamas !

Calchaquíes

Nous arrivons finalement à Cachi, notre étape du jour. Le temps semble s´être arrêté dans ce petit village colonial. Ses ruelles en pierre, ses maisons blanches d´adobe avec les fenêtres ornées de grilles en fer forgé, sa place ombragée nous invitent à flâner paisiblement, avec le merveilleux Nevado de Cachi en fond de tableau (son sommet atteint les 6.320 mètres). Une particularité nous interpelle aux coins des rues : plusieurs maisons ont une double porte avec une colonne en bois robuste qui les sépare. Notre guide nous explique qu´il s´agit d´une construction typique de l´Amérique coloniale et que cela permet de faire entrer le soleil aux différents moments de la journée, ainsi que la douce brise en été…

Nous visitons l´église, construite au XIIIe siècle et déclarée Monument Historique National en 1945. Elle préserve les murs ainsi que le toit et l´autel en bois de cardon (cactus). Sa façade extérieure, jaune, avec ses 3 cloches est l’une des images les plus représentatives de la ville. À ses côtés, nous découvrons une belle galerie aux arcs d’ogive, c´est le musée Arqueológico Pío Díaz qui abrite plus de 4000 pièces d´une grande richesse archéologique et anthropologique. Une visite très intéressante pour ceux qui souhaitent connaître davantage l’histoire des Vallés Calchaquíes et ses peuples originaires. Après une pause-café sur la plaza, nous montons au cimetière, pour profiter du coucher du soleil avec une belle vue sur le village et le Nevado de Cachi. Nous sommes littéralement tombés sous le charme de Cachi.

Calchaquíes

Le soir une belle surprise nous attend, nous assistons à une festivité locale et sommes émerveillés par les « copleras », femmes qui chantent des couplets en s´accompagnant de la « caja coplera », instrument de musique à percussion qui ressemble à un tambour. Notre guide nous explique qu´elles jouissent d’un statut important au niveau local en tant que détentrices de connaissances ancestrales et coutumes traditionnelles. Nous sommes très émus de découvrir cette belle tradition que les gens des Vallées Calchaquíes ont su préserver.

Calchaquíes

Le lendemain nous partons tôt. Nous faisons un petit détour pour parcourir un tronçon de la route 42, connue comme « la ruta de los artesanos », la route des artisans. Dans ces contrées est préservée l’une des plus importantes traditions du « telar criollo » du pays (métier à tisser). Sur l’accotement, plusieurs maisons d´adobe avec des textiles colorés comme des ponchos, des tapis ou encore des écharpes. Nous décidons de nous arrêter chez le Tero Guzmán, l´artisan le plus réputé de la confection de l’emblématique « poncho salteño ». Toute la famille nous reçoit à l´ombre d’un caroubier. Ils nous montrent avec fierté le processus de préparation : comment ils teignent la laine des lamas et moutons avec des légumes et plantes locaux, ainsi que le travail propre du tissage. Le fils nous raconte que son père a confectionné le poncho pour le Pape Jean Paul II. Nous sommes impressionnés d’apprendre qu´il faut entre 15 et 20 jours de travail pour la confection d´un poncho. Nous ne pouvons résister à la beauté des couleurs, et la douceur des pièces, nous partons tous avec un beau tissu sous le bras.

Calchaquíes
Calchaquíes

Nous reprenons la route 40 à la hauteur de Seclantás et continuons jusqu´à Molinos. Arrivés à la Quebrada de las Flechas, nous sommes immergés dans un paysage surréaliste, composé de formations rocheuses pointues inclinées, qui ressemblent à des flèches aiguisées. Par moments, la route traverse des gorges étroites avec des parois de plus de 20 mètres de haut… nous nous arrêtons et décidons d’escalader l’une des formations. La vue d’en haut est à couper le souffle, les flèches s’élèvent vers le ciel à perte de vue… Nous nous croyons littéralement sur une autre planète !

de Tafi a Cafayate

À notre arrivée à Cafayate, nous allons à la découverte d’une bodega. L’hôtel dispose de vélos, nous sommes ravis de faire un peu d´exercice, et encore plus dans ce magnifique cadre ! Notre guide de la bodega nous montre les différentes étapes de la production du vin, avec en prime une belle dégustation ! Nous découvrons alors le Torrontés, un cépage blanc dont Cafayate a fait sa spécialité. Le microclimat de la région, où l´altitude provoque une grande amplitude thermique ainsi qu’une grande exposition solaire, permet au raisin de développer une expression aromatique unique. Un vrai délice !

Nous nous réveillons le lendemain avec une nuance de tristesse… Le départ approche. Mais heureusement, de nouvelles aventures nous attendent ! La veille nous avons fait une halte à la « Última Pulpería », déclarée patrimoine immatériel de Cafayate, afin de nous ravitailler de fromages, de charcuteries et autres gourmandises : nous comptons pique-niquer dans les montagnes.

Quebrada de las Conchas

Nous faisons cap vers la « Quebrada de las Conchas », traversée par la rivière du même nom. Une nouvelle fois, la nature nous surprend avec ses formations rocheuses aux formes insolites que le vent et les rivières ont sculpté au fil des siècles. Le soleil du matin révèle l’extraordinaire palette de couleurs : mille nuances de rouge, d’ocre, d’orange et de jaune. Certaines formations s’aperçoivent depuis la route, mais d´autres méritent une halte. La Gorge du Diable nous émerveille par sa profondeur et l’intensité de sa couleur rouge… le nom ne peut pas être plus approprié ! Nous continuons jusqu´à l´« Anfiteatro », et pour notre plus grand plaisir, deux musiciens jouent de la quena et du siku, instruments typiques de cette région. Les parois de l´amphithéâtre envoûtent les mélodies, les larmes montent aux yeux, tellement c´est beau !

Quebrada de Las Conchas

En ce dernier jour, nous avons décidé de faire un beau trekking dans les paysages de la Quebrada. Nous garons notre voiture à la hauteur de La Yesera, et partons dégourdir nos jambes. Nous suivons le lit d´une rivière enlacée par les montagnes, et marchons à peu près deux heures, à la découverte des fascinants paysages.

Il est temps de continuer la route, puis de nous envoler vers Buenos Aires. La musique de Los Chalchaleros et Mercedes Sosa nous accompagnent… Nous nous découvrons déjà transformés par la candeur des gens et par ces paysages millénaires qui nous ont éblouis tout le long de notre périple !

Sophie Malaver

Carnet pratique

Quand y aller ? Il est possible de visiter les Vallées Calchaquíes toute l´année. Nous vous conseillons de le faire entre avril et octobre, pour éviter la saison des pluies.

Comment y aller ? Il y a des vols directs depuis Buenos Aires (2h15) et depuis Iguazú (2h). Le Noroeste se combine aussi très bien avec le magnifique désert d´Atacama, au Chili, via le paso de Jama.

Conseils : pensez à apporter un chapeau, des chaussures de trekking légères, lunettes de soleil, crème solaire, baume à lèvres, un vêtement de toile léger. Prévoyez aussi un vêtement chaud de type laine polaire, les nuits sont fraîches en raison de l´altitude.

Un circuit ? Séjour dans le Noroeste ; Circuit dans l’Altiplano argentin ; Voyage dans les régions de Salta et Jujuy

 

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