Le Cimetière de la Recoleta

Dernière demeure des riches et célèbres, ce cimetière est en plein cœur historique de la capitale.

Une des destinations les plus courues par les touristes lors de leur passage à Buenos Aires est sans aucun doute le cimetière de la Recoleta, situé dans le quartier du même nom. On peut facilement expliquer cet engouement par deux points, d’une part la richesse et même l’originalité de certains tombeaux, et d’autre part la célébrité des personnes y reposant. C’est au XVIIe siècle que les pères récollets (ordre mendiant) viennent s’installer sur la colline avec l’aide d’un riche commerçant d’Aragon, dénommé Narbona. La première demeure construite par cet Aragonais fait parler les mauvaises langues : à travers des galeries souterraines reliant le Río de la Plata, on le soupçonne de s’intéresser plus à la contrebande qu’à élever spirituellement son âme. « Narbona hizo a la Recoleta y la Recoleta hizo a Narbona » (Carbona fit la Recoleta et la Recoleta fit Carbona): c’est ce qu’on dit de lui à l’époque. Une chose est toutefois sûre, c’est que la fortune de Narbona permit de construire le couvent de la Recoleta et l’église de la Virgen del Pilar en 1716.

Sépulture, cimetière de la Recoleta

Au début du XIXe siècle, La Recoleta était toujours à l’extérieur de la ville et la zone comptait quelques grandes demeures agricoles. Il faut attendre 1822 pour que l’Etat expulse les récollets et prenne en charge le cimetière, tout d’abord dénommé Cementerio del Norte. Le gouvernement de la province de Buenos Aires charge deux architectes français de mener à bien la création du nouveau cimetière, Prosper Catelin et Pierre Benoit. C’est le premier cimetière appartenant à la Nation. Jusqu’alors à Buenos Aires, les cimetières appartenaient à des congrégations religieuses et à des paroisses. On enterrait souvent les personnalités, les nobles et les ecclésiastiques dans les églises alors que le peuple avait sa place à l’extérieur.

Toutes les grandes familles acquirent immédiatement des concessions car il était de bon ton de reposer en ce lieu, et non avec les pauvres dans les cimetières de l’église. Nouvelle bourgeoisie porteña, commerçants, notables et émigrés ayant fait fortune, hommes de guerre, politiques, administrateurs, tous devaient trouver leur dernière demeure entre les murs de ce nouveau cimetière. Il fallut même repousser ces murs à deux reprises car on manquait d’espace. L’enceinte actuelle tout comme le principal porche d’entrée datent de 1881. Trois dates sont inscrites sur ce porche: 1822, l’année de création du cimetière; 1881, l’année de son extension; et 2003, l’année de sa dernière restauration.

Cimetière de la Recoleta

L’histoire de ce cimetière regorge d’anecdotes, comme celle du señor Aiello, qui était chargé au XIXe siècle de surveiller et de mener à bien quelques travaux de réparation dans le cimetière. Il a passé de nombreuses années à réunir la somme suffisante pour acheter un espace et à entreprendre la construction de sa propre tombe. Il est même allé jusqu’en Italie, à Gênes, pour rapporter des éléments sculptés représentant ses outils. Lorsque sa tombe fut terminée, il ne trouva rien de mieux à faire que de se suicider et pouvoir ainsi l’occuper le plus vite possible !

La tombe la plus visitée aujourd’hui est sans conteste celle d’Evita Perón, qui est en fait le caveau de la famille Duarte. Pendant la dictature, les militaires avaient volé le corps et ce n’est qu’après plusieurs sombres années que le cercueil d’Evita a retrouvé sa place. Le caveau est simple et situé dans une des nombreuses allées étroites du cimetière. Par contre, d’autres tombes, pour ne pas dire des mausolées, sont impressionnantes par leurs dimensions et leur architecture. Les plus beaux exemples sont les mausolées du Général Carlos María de Alvear, de Pablo Ricchieri, de Guillermo Brown, notre préféré étant celui de Luis Federico Leloir.

Entrée Cimetière de la Recoleta

De passage à Buenos Aires, réservez-vous au moins deux heures pour arpenter les allées de ce cimetière regroupant 4.691 tombes, dont 90 sont classées monument historique. On parle souvent des trois plus beaux cimetières du monde, celui du Père Lachaise de Paris, celui de Staglieno de Gênes et bien sûr celui de Recoleta à Buenos Aires !

 À voir
– La Basílica Nuestra Señora del Pilar, construite par Juan de Narbona à partir de 1716. Montez au musée de l’église au premier étage, vous avez une belle vue sur le cimetière.
– Le Cementario de la Recoleta, de préférence quand il fait beau, tous les jours jusqu’à 19h.