Quinquela Martín, le peintre de La Boca

Quinquela Martín, le peintre de La Boca

Immense artiste argentin, il possède une histoire intimement liée à celle du quartier de La Boca, à Buenos Aires.

Benito Quinquela Martín dans son atelier
																															

En mars 1890, un bébé baptisé Benito Juan Martín est abandonné aux portes de l’orphelinat Casa de los Expósitos, dans le quartier de Barracas de Buenos Aires. Il y passera ses six premières années avant d’être adopté par un immigrant italien, Manuel Chinchella, qui a ouvert une charbonnerie à La Boca avant de se marier avec Justina Molina. L’enfant prendra le nom de son père adoptif, hispanisé en Quinquela.

Adolescent, il aide au dépôt de charbon familial et forge ses premières armes politiques dans son quartier, le plus ouvrier et militant de la capitale argentine. A 17 ans, il s’inscrit au conservatoire pour prendre des cours de dessin et de peinture avec le maître Alfredo Lazzari, dont il retiendra une leçon essentielle: la liberté d’expression dans l’art. Son père le pousse à trouver un travail « décent », sa mère est plus sensible à la vocation artistique de son fils.

Tractant le bateau Quinquela Martín
																  															  

A partir de 1910, Quinquela Martín participe à quelques expositions et continue à peindre des paysages, des scènes du port de La Boca, du parc Lezama, de Palermo, de l’île Maciel (de l’autre côté du riachuelo). De plus en plus, il s’identifie au quartier où il a grandi, au port de La Boca, avec ses bateaux, ses grues, les dockers, quartier qui deviendra l’emblème de sa peinture.

Il est repéré par Pío Collivadino, directeur de l’Académie des Beaux-Arts: « Vous pouvez être le peintre de La Boca et son port. Ici, il y a une atmosphère, du caractère, de la force. Et en plus vous avez une personnalité originale, une façon différente de voir et de peindre », lui dit-il. Quinquela Martín abandonne définitivement le charbon. On l’invite à participer aux expositions locales, puis au Brésil en 1920, en Espagne en 1922, où le Musée d’art moderne de Madrid acquiert deux de ses œuvres.

Feu de la Saint-Jean Quinquela Martín
																															

Le président de la République en personne, Marcelo T. de Alvear, est un admirateur de son œuvre, venant jusqu’à l’atelier de La Boca visiter le peintre. Le milieu des Beaux-Arts de Paris lui fait bon accueil, de même que ceux de New York, Rome et Londres. Le quai de La Boca où débarquent les immigrants sans le sou en vient dès les années 1920 à orner les meilleurs musées et les plus beaux salons. Des ouvriers chargeant des sacs sur l’épaule, des bateaux déchirés dans le soleil couchant, des images fortes, sans concessions.

En 1933, il achète un terrain pour faire construire une maison de quatre étages avec une école primaire, un musée des artistes argentins d’art figuratif, son propre atelier et son logement. L’école Pedro de Mendoza est inaugurée en 1936 avec comme projet pédagogique novateur de développer la créativité des enfants: « Aller vers le peuple par le biais de l’art et amener l’enfant à la connaissance de la beauté. » Quinquela Martín y peint 18 peintures murales représentant l’environnement des parents, les métiers du quartier. Ce musée porte aujourd’hui le nom de Benito Quinquela Martín et continue à fonctionner dans le cadre de projets éducatifs, ce qui en fait aussi son intérêt et son originalité.

Fresque murale de Quinquela Martin
																  															  

On doit aussi à Quinquela Martín Caminito, la rue la plus visitée de La Boca, l’une des plus belles cartes postales de Buenos Aires. C’est lui qui eut l’idée de transformer cette voie de chemin de fer abandonnée en musée à ciel ouvert, pour encourager les artistes et artisans du quartier à s’exprimer en toute liberté. Dans les années 1950, les maisons en bois et en tôle des immigrants qui s’y entassaient, les conventillos, ont été repeintes aux couleurs vives qui caractérisent le quartier.

Des peintres et sculpteurs de renom y ont laissé des œuvres. Des couples viennent y danser le tango, rappelant que Caminito doit son nom à un tango de Juan de Dios Filiberto, ami de Quinquela Martín, enregistré par Carlos Gardel.

Quinquela Martín, décédé en 1977, est sans conteste l’un des artistes les plus populaires d’Argentine.

Voir
–Le musée des Beaux-Arts Quinquela Martín, situé avenue Pedro de Mendoza 1835, à La Boca. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.