Carlos Monzón, l'animal sauvage

Carlos Monzón, l’animal sauvage

Né le 7 Août 1942 dans les quartiers pauvres de Santa Fe, à 500 km au nord de Buenos Aires, Monzon grandit dans un environnement qui ne laisse rien présager du champion qu´il va devenir. Pourtant, à 17 ans, il enfile des gants de boxe qui ne vont plus jamais le quitter. Ce grand boxeur va devenir au cours de sa carrière sportive une légende pour le peuple argentin.

Monzón avant un combat de boxe
																															

En amateur

C’est dans un des bidonvilles aux alentours de la grande ville de Santa Fe, San Javier,  que Carlos Monzón va grandir. Alors que vient son adolescence, il passe la majorité de ses journées à faire des petits boulots : cireur de chaussures, vendeur de journaux, il tente d´aider sa famille comme il le peut. C’est à 17 ans qu´il transforme les bagarres de rue auxquelles il participe pour sa stricte survie en combats entre les cordes d´un ring. Son entraineur de l’époque, Amilcar Brusa, se rappelle lui avoir administré des vitamines pour pallier les conséquences de la malnutrition dont il a souffert lors de son enfance. Pourtant, round après round, Monzon se refait une santé ; les temps sont moins durs, il mange à sa faim et commence lentement à construire sa carrière internationale.

																  															  

Ses débuts professionnels

A 21 ans, celui qu´on nomme El macho combat pour la première fois en professionnel le 6 février 1963, dans la catégorie des poids moyens. Invaincu sur 8 combats, il connait sa première défaite le 28 août 1963 contre Antonio Aguilar. Il sera à nouveau battu par décision des juges deux fois en 1964, contre Felipe Cambeiro le 28 juin et Alberto Massi le 9 octobre. Cette troisième défaite sera la dernière de sa carrière. En effet, ce n’est qu’après 82 combats, pour seulement trois défaites en début de carrière, qu’il se voit accorder une chance mondiale en allant combattre à Rome l´italien Nino Benvenuti.

																															

Champion du monde des poids moyens

Il se rend donc à Rome en 1970 pour affronter un premier adversaire de taille et internationalement connu : Benvenuti. A cette époque-là, l´Argentine le regarde encore peu, et c´est d’ailleurs un unique sponsor de petite taille, un journal pour enfants, qui finance son voyage. Au douzième round du combat, il décroche le titre de sa catégorie en mettant K.O. son adversaire italien. Sa carrière professionnelle est propulsée au sommet de la gloire suite à cette victoire. En Argentine, il est accueilli en héros par les foules, il est désormais payé en dollars et les grandes villes d’Europe comme Paris, Monaco et Rome se l’arrachent.

Une allure de conquérant

L’Argentin défend ensuite avec succès sa ceinture mondiale à quatorze reprises, contre onze adversaires différents : il bat notamment le français Jean-Claude Bouttier deux fois. Il se construit petit à petit un impressionnant palmarès : 87 victoires, dont 59 par K.O., pour 9 matchs nuls, 3 défaites (toutes sur décision de l’arbitre au début de sa carrière). Jean-Claude Bouttier, qui se lie d´amitié par la suite avec lui, le décrit alors comme un animal sauvage. Il ajoute même que Monzón portait « la rage sociale au bout des gants », ce qui expliquerait peut-être pourquoi cet homme charismatique a toujours su donner les coups qu´il fallait pour mettre K.O ses nombreux adversaires. Carlos Monzón fut champion du monde professionnel des poids moyens de 1970 à 1977. En 1972, il est même élu boxeur de l’année.

Pourtant, parallèlement à ses nombreuses victoires, le mauvais côté de Monzon commence à apparaître.  En 1973, il reçoit une balle dans la jambe, tirée par sa femme, qui se défend suite à une violente dispute. La presse internationale apprend alors qu´il s’agit d´un homme violent qui bat régulièrement son épouse. Il s’attaque aussi aux paparazzis, certains devant même être hospitalisés après avoir été frappés par le boxeur.

																	  																  

Alors qu´il annonce sa retraite après un 14e titre mondial, la vie de Monzon bascule.  Le 14 février 1988, il est accusé d’avoir mortellement défenestré sa troisième femme Alicia Muniz au cours d’une violente dispute alors qu´elle tente de s´enfuir : il est condamné à 11 ans de prison. Au moment de la sentence, il n´éprouve aucun remord. Toutefois, le juge lui accorde des années plus tard le droit à des autorisations de sortie le week-end afin qu’il voit ses enfants. Ce jour du 8 janvier 1995, alors qu’il regagne la prison en fin de week-end, Monzón perd le contrôle de son véhicule et quitte la route. Il meurt à Santa Rosa de Calchines à l’âge de 53 ans.

Demeuré très proche de son vainqueur, Jean-Claude Bouttier ne cache pas sa peine ce jour-là : «Il n’est pas arrivé à me mettre K.O. sur un ring, mais cette fois je suis sonné ».