Architecture de Buenos Aires, Argentine: la tendance éclectique

Architecture à Buenos Aires

La tendance éclectique

Casa de la Cultura Avenue de Mai Buenos Aires
																															

Une grande partie des monuments de Buenos Aires appartiennent à ce mouvement architectural développé dans certains pays occidentaux entre la fin du XVIIIe et le début du XXe siècle.

Il s’agit d’une tendance architecturale caractérisée par la récupération des modèles stylistiques empruntés au passé.

En effet, depuis la fin du XVIIe siècle, les architectes éclectiques commencèrent à réemployer et à métisser des styles historiques jusqu’alors rejetés pour leur interprétation libre du répertoire classique.

C’est ainsi que le style néobaroque, inspiré de l’architecture baroque des XVIIe et XVIIIe siècles, ou le style néogothique, inspiré du gothique médiéval, ont été appliqués à un grand nombre de monuments occidentaux entre le dernier tiers du XIXe siècle et le début du XXe siècle.

Cette tendance, utilisée par le style Beaux Arts, a fait naître de nombreux monuments hétéroclites difficiles à catégoriser.

NOTRE SÉLECTION DE MONUMENTS DE TENDANCE ÉCLECTIQUE À BUENOS AIRES

																	  																  

1. La Casa Rosada - Rue Hipólito Yrigoyen 219

La Casa Rosada, œuvre de l’architecte italien Tamburini, est une pièce éclectique qui combine des éléments de diverses origines esthétiques. Située sur la Place de Mai, elle est classée Monument historique.

Aujourd’hui siège du pouvoir exécutif de la République d’Argentine et résidence du Président, ce monument était à l’origine divisé en deux, avec d’un côté la maison du gouvernement, de l’autre le Correo. Le grand Tamburini entreprit d’unir les deux bâtiments en faisant construire une arcade, qui se trouve être aujourd’hui l’entrée principale de la Casa Rosada, donnant sur la Plaza de Mayo.

Sa couleur rose, très utilisée en Argentine au cours du XIXe siècle, est due, selon la légende, à une combinaison de peinture à la chaux avec du sang de bœuf, très apprécié pour ses propriétés fixatrices. La Casa Rosada reste l’un des édifices les plus emblématiques de Buenos Aires.

2. La Poste centrale de la Nation - Av. L.N. Alem

Ce monument, situé dans le quartier Saint Nicolas, est très représentatif de l’architecture de l’académisme français. Dessiné par l’architecte français Norbert Auguste Maillart en 1888, il a été inauguré le 28 septembre 1928 sous la présidence de Marcelo T. de Alvear. Les débuts de la construction ont été difficiles car l’architecte renonça à son poste, et fut remplacé par le russe Jacques Spolsky.

La façade donnant sur la rue Sarmiento a été décorée par le sculpteur français Auguste Bartholdi, célèbre pour avoir réalisé la statue de la Liberté de New York. Le Correo Central a été déclaré Monument historique de la Nation en 1997 pour sa qualité architecturale, son importance historique et les œuvres qu’il possède à l’intérieur. Un projet de rénovation et d’aménagement du Correo en centre culturel d’envergure internationale est en cours.

3. Le Congrès de la Nation - Au coin des rues H. Yrigoyen et Combate de los Pozos

Le siège du Pouvoir législatif de la Nation occupe aujourd’hui cet édifice monumental. A l’opposé de la Casa Rosada et dominant l’axe de l’avenue de Mayo, il reflète magnifiquement la perspective urbaine. Sa grande coupole de 80 m de haut et de 30.000 tonnes, revêtue de bronze, est décorée par une sculpture métallique dont la réalisation constitua une prouesse technique pour l’époque. Dessinée avec le style de la Haute Académie italienne de la fin du XIXe siècle et construite sur une base de granit, elle est intégralement revêtue de pierre calcaire grise. Le Congreso rassemble toutes les caractéristiques de la décoration classique, avec notamment une façade qui présente un portique central composé de six colonnes de style corinthien.

4. Le Théâtre Colón - Rue Cerrito 618

Ce théâtre, qui fut dessiné par l’architecte Francesco Tumborini, est l’un des opéras les plus célèbres au monde. Situé sur la Place Lavalle et offrant une vue imprenable sur l’avenue 9 de Julio, le bâtiment combine le style Néorenaissance italien et le Baroque français. Il possède une acoustique d’excellence et peut accueillir 2.487 spectateurs assis, jusqu’à 4.000 avec les places debout.

L’édifice occupe une surface de 8.200 m², avec des étages en forme de fer à cheval qui se composent de six niveaux de loges, et une scène d’une taille exceptionnelle. Depuis son inauguration, le théâtre a accueilli les compagnies musicales les plus connues et des artistes de renom, se créant ainsi une réputation mondiale.

5. La Basilique du Saint Sacrement - Rue San Martín 1039

Oeuvre des architectes Couloms y Chauvet, cette basilique a été construite à la demande de Mercedes Castellanos de Anchorena, fille de l’un des pionniers de l’immigration européenne en Argentine et propriétaire du Palais San Martín. Située près de la Place San Martín, sa construction harmonieuse a été achevée en huit ans.

Corina Kavanagh a fait construire en 1935 la tour Kavanagh, de 33 étages, juste en face de la basilique pour cacher la vue qu’offrait cette dernière. L’histoire raconte que cette jeune femme, issue d’une famille de « nouveaux riches », vécut une histoire d’amour avec l’un des fils de Madame de Anchorena, et que cette dernière en s’y opposant mit fin à leur relation. Pour se venger, Corina fit construire une immense tour afin d’empêcher la famille Anchorena de voir son église de famille depuis sa propriété, située de l’autre côté de la Place San Martín. L’édifice religieux possède cinq tours, trois à l’avant et deux au niveau de l’abside, ainsi qu’une sculpture en marbre blanc présentant l’Elévation de l’Ostensoir.

6. Le Palais Paz - Av. Santa Fe 750

Parmi les résidences particulières qui restent encore sur pied à Buenos Aires, aucune n’est comparable à l’actuel Cercle Militaire, plus connu sous le nom de Palacio Paz. Ce palais peut être considéré comme le plus notable et le plus achevé de toutes les résidences construites entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

Dessiné par l’architecte français Henri Sortais pour le docteur José C .Paz, l’édifice se compose de trois ailes et d’un grand jardin intérieur. La façade principale s’apparente aux typiques châteaux français, et sa somptuosité extérieure se confirme lorsque l’on entre dans ses luxueux intérieurs ouverts au public.

Visites en espagnol : 8$ ARS les mardis et vendredis à 11h et 15h, les mercredis et jeudis à 16h, les samedis à 11h.
Visites en anglais : 20$ ARS les mardis et vendredis à 16h.

7. Le Palais San Martín - Rue Arenales 761

Aujourd’hui Siège cérémonial de la Chancellerie Argentine et classé Monument historique, le Palais San Martín a été conçu par l’architecte Alexandre Christophensen.

Il appartenait à la famille Anchorena mais, en 1936, au moment où beaucoup de puissances économiques s’écroulaient dans le monde, les héritiers du palais décidèrent de le vendre. Le gouvernement de Buenos Aires, profitant de la chute des prix, l’acheta à un prix dérisoire comparé à la valeur réelle d’un bâtiment de ce standing.

Il constitue un témoignage important de l’influence de l’architecture classique française en Argentine. Il renferme des œuvres d’artistes argentins et américains du XXe siècle, ainsi qu’une bibliothèque spécialisée en droit international. On peut également y trouver la Collection d’art précolombien de la Chancellerie argentine, avec des pièces en céramique ou des pierres et métaux hérités des cultures du Nord-Ouest du pays.

Le Palais offre des visites guidées gratuites les lundis et mercredis à 14h30.

8. Palais des eaux courantes

L’illusion est parfaite quand on voit le Palais des eaux courantes fièrement dressé au numéro 1950 de l’avenue Cordoba. Ne serait-ce son nom, nul ne croirait que cette superbe demeure a été bâtie dans les années 1870 pour stocker de l’eau potable au centre de la ville, alors en pleine explosion démographique.

Les architectes Olaf Boyees et Carl Nyströmer ont en effet habilement camouflé les 12 grands réservoirs d’une capacité totale de 72000 m3 derrière une façade somptueuse. Ses 300 000 carreaux de céramique polychrome importées de Belgique et d’Angleterre, ainsi que ses ardoises vertes acheminées de France, sont témoins du faste de la classe supérieure argentine du début du 20e siècle.

Ses murs ne laissent pas deviner la structure métallique de 180 piliers enserrés dans une épaisseur de 1,80 mètre, pour résister aux tonnes d’eau réparties sur trois étages. Le palais est classé monument historique national pour son style éclectique typique de cette époque. Il abrite aujourd’hui le Musée du Patrimoine Historique, les Archives des plans des résidences de la capitale, ainsi que des antennes administratives de l’entreprise historique en charge de l’eau.

9. Gare de Constitución

La gare de la Plaza Constitución se dresse à 2 km au sud de l’obélisque. Sa construction fut lancée en 1864 par le Général Mitre, au centre du marché de Constitucion. Les architectes anglais Strong et Parr s’inspirèrent pour sa façade du style victorien du chateau français de Maisons-Laffitte. Ce style éclectique (coupole, verriere, mansarde, sculptures) donne son allure majestueuse à ce centre ferrovaire stratégique chargé de desservir et ravitailler la capitale. En 1898, la gare adopte le plus grand hall de gare du continent américain (90 mètres de large sur 40 de haut), en phase avec les fastes de la capitale argentine, alors qualifiée de Paris d’Amérique. On peut toujours lire sur son fronton “Chemin de fer General Roca”, qui desservait alors le Sud jusqu’à la Patagonie. Aujourd’hui nombre de lignes ferroviaires du pays sont désaffectées, mais la gare bourdonne toujours d’activité, entre le trafic pendulaire des nombreux banlieusards travaillant à la capitale et le train qui dessert le litoral jusqu’à Bahía Blanca.