Le lithium, l’or blanc de l’Argentine, du Chili et de la Bolivie

Le lithium, l’or blanc de l’Argentine, du Chili et de la Bolivie

Le lithium est devenu l’un des minerais les plus convoités au monde. Et le triangle du lithium, situé entre l’Argentine, le Chili et la Bolivie, abrite 70% des réserves mondiales.

Le lithium, ressource du futur

Le lithium est définitivement la ressource de demain pour le marché mondial de l’énergie. C’est un composant mineur (environ 5%) mais indispensable aux batteries de téléphones portables, ordinateurs ou lecteurs MP3… Soit au total 1,5 milliards d’appareils électroniques dans le monde.

Le précieux métal est essentiellement utilisé pour la fabrication de céramique et de verre, seul 24% le sont pour les batteries. Cette proportion devrait largement s’inverser, avec la hausse vertigineuse de la consommation d’objets électroniques, et surtout l’avènement mondial des véhicules électriques et hybrides.

Le triangle du lithium

Si l’on trouve le lithium partout dans la nature, sa forme exploitable n’existe que dans quelques endroits de la planète. Ce qu’on appelle déjà le « triangle du lithium », compris entre le Nord-Ouest Argentin, le Sud-Ouest bolivien et le Salar d’Atacama au Chili, abrite tout simplement 70% des réserves mondiales.

La méthode d’exploitation est la même dans les 3 pays. La saumure des lacs salés d’altitude (salars) est extraite, puis s’évapore pendant 9 mois. Vient ensuite l’étape des traitements, puis de l’exportation sous forme de carbonate de lithium.

Premier producteur mondial avec 40%, le Chili extrait et transforme son lithium dans le désert d’Atacama, dans l’immense salar au sud de San Pedro de Atacama.

																	  																  
Le sous sol du salar riche en lithium
																  															  

L’Argentine n’est que le 4ème producteur mondial derrière l’Australie et la Chine, mais possède un potentiel fantastique. Elle produit aujourd’hui 25 000 tonnes, mais devrait arriver en 2014, avec l’aboutissement de projets en cours, à 80 000 tonnes. Soit presque la moitié de la demande mondiale dans 3 ans.

Concernant les réserves estimées, l’Argentine compte dans les provinces de Jujuy, Salta et Catamarca 400 000 hectares de Salar, autant de gisements potentiels.

Si la Bolivie n’est aujourd’hui pas un immense producteur, elle possède la première réserve mondiale, avec 40% d’un total estimé à 11 millions de tonnes, notamment au Salar de Uyuni.

Une course à l’investissement

Si la croissance actuelle de la consommation de lithium n’est que de 5% par an, la tendance devrait s’accélérer. De 100 000 tonnes aujourd’hui, on estime la demande à 400 000 tonnes à l’horizon 2025. Le métal qui ne coûtait que 2000 dollars la tonne il y a 10 ans, vaut aujourd’hui 5500 dollars la tonne.

Des projets d’exploitation sont lancés par de nombreuses entreprises nationales et internationales dans les trois pays, et de nombreux groupes ont déjà acheté des concessions pour exploiter le métal. En Argentine, c’est le cas du groupe français Bolloré, ou du japonais Toyota qui a investit 100 millions de dollars pour obtenir l’exploitation du Salar argentin d’Olaroz.

En Bolivie, outre les groupes Bolloré et Mitsubishi qui ont proposé leur aide technique et des projets de partenariat, l’État japonais a directement investit, selon la presse locale, 250 millions de dollars. Le gouvernement bolivien souhaite néanmoins garder la main mise sur l’exploitation de son nouveau trésor, et cherche à développer localement sa transformation, dans le but d’industrialiser le pays.

																	  																  

Un impact économique et social

Cette formidable manne influe bien entendu déjà sur l’économie nationale, régionale et locale.

En Argentine par exemple, l’exportation du lithium représente 137 millions de dollars, et devrait passer à 440 millions de dollars dans 4 ans. Une somme qui bénéficie à l’État, aux provinces (propriétaires depuis une réforme constitutionnelle de 1994 de leurs richesses souterraines), mais aussi théoriquement aux communautés indigènes.

Ces dernières sont normalement associées aux projets et doivent donner leur aval sur les terres dont ils sont propriétaires. Par ailleurs, une bonne partie de la main d’œuvre est locale, soit 110 000 personnes aujourd’hui uniquement pour la province de Jujuy.

Il faudra également mesurer l’impact sur l’environnement. Même si l’exploitation se veut durable, les sommes en jeu sont colossales et pèseront sur les décisions. En Bolivie, un décret limite l’exploitation sur le Salar d’Uyuni, haut lieu touristique du pays. Il faut espérer que l’État chilien et les provinces argentines joueront également leur rôle de garde-fou.

La folle course au lithium qui débute représente dans tous les cas une opportunité exceptionnelle pour les trois pays andins.