Julio Cortázar, le plus français des écrivains argentins

Julio Cortázar, le plus français des écrivains argentins

Cortázar a créé par ses deux vies, l’une argentine et l’autre française, une Oeuvre unique.

Julio Cortazar
																															

On dit de lui qu’il est le plus français des écrivains argentins. Julio Cortázar est en tout cas un romancier argentin majeur qui, comme Jorge Luis Borges, est venu s’installer définitivement à Paris. Un exil qui lui valut la réputation d’avoir trahi son pays. Pourtant, Cortázar a créé durant ses deux vies, des écrits incomparables

L’Europe est là, dès le commencement. L’activité diplomatique de son père le fait naître à Bruxelles. Première Guerre mondiale oblige, la famille Cortázar mettra du temps avant de pouvoir rejoindre sa terre natale. Arrivé en 1918 à Buenos Aires, Julio Cortázar vit une enfance taciturne et solitaire. Abandonné par son père, élevé par des femmes –sa mère et sa grand-mère– dans la banlieue de la ville, le petit garçon va oublier sa tristesse dans la lecture. Plus tard, il déclarera que vers l’âge de 8 ou 9 ans, il s’enivrait de mots, parfois jusqu’à la folie.

Julio Cortazar
																  															  

Mais le véritable déclic de l’écriture, c’est à Jean Cocteau qu’il le doit. Durant l’une de ses déambulations dans Buenos Aires, il tombe sur un exemplaire mystérieusement intitulé Opium, journal d’une désintoxication. Un livre qui changera sa vie en lui ouvrant les yeux sur le monde, et notamment celui des surréalistes. Cortázar a une vingtaine d’années et gagne sa vie comme enseignant dans la province de Mendoza. Il n’a pas encore osé se lancer comme écrivain. Mais le péronisme lui donnera l’impulsion nécessaire pour vivre sa révolte intérieure.

Julio Cortazar sur les murs de Buenos Aires
																															

Julio Cortázar fuit en effet la dictature militaire, celle qui méprise les auteurs qu’il admire tant, les Blake, Keats et autres Rilke. Il renonce donc à son poste d’enseignant et prend part à la lutte contre le péronisme. Une fois les élections gagnées par Perón, il choisit l’exil et Paris, en 1951. Il a déjà publié en Argentine des romans, un recueil de poèmes et une pièce, Los Reyes, fondée sur le mythe du Minotaure, mais pour survivre dans la capitale française, il devient traducteur à l’Unesco. Il se marie deux ans après son arrivée à Aurora Bernárdez, qu’il a rencontré en Argentine. Il est heureux et écrit dans ses correspondances que peut-être au fond, il cherche à rester à Paris pour toujours.

La Marelle, de Julio Cortazar
																  															  

C’est son œuvre La Marelle qui en 1964, fera l’effet d’une véritable bombe dans la littérature latino-américaine. Un roman très novateur et expérimental, dont les chapitres peuvent se lire à la suite ou dans un autre ordre. Un grand auteur est né et il ne s’arrêtera plus. Julio Cortázar publie ensuite, en 1973, Le livre de Manuel, pour lequel il obtient le prix Médicis étranger et qui montre son engagement politique. On parle de lui comme d’un magicien, d’un enchanteur des mots, à cheval entre le fantastique et le poétique. Cortázar inspire même des cinéastes comme Antonioni, qui va adapter son roman Les fils de la vierge pour Blow up.

Hommage à Cortazar en 2014
																															

En 1981, Julio Cortázar se voit accorder la nationalité française. L’année d’après, avec Carol Dunlop sa troisième et dernière femme, il relie Paris à Marseille en combi Volkswagen. Un périple dont ils feront un ouvrage d’inspiration surréaliste: Les Autonautes de la cosmoroute. L’immense auteur déraciné décède le 12 février 1984, à l’âge de 69 ans. Il est enterré au cimetière du Montparnasse, au côté de Carol Dunlop, disparue deux ans avant lui. Il laisse derrière lui près de quarante romans, recueils de nouvelles ou poèmes et pièces, dont vingt-cinq ont été traduits en français.