Victoria Ocampo, la fondatrice de Sur

Victoria Ocampo, la fondatrice de Sur

Victoria Ocampo, femme émancipée et femme de lettres, créatrice de la revue Sur, aura marqué de son empreinte la littérature argentine.

Victoria Ocampo
																															

Victoria Ocampo est née le 7 avril 1890 à Buenos Aires dans une famille de la haute société argentine. Dès son plus âge, elle est éduquée en français et en anglais, comme le seront ses cinq sœurs cadettes. À cette époque, il n’est pourtant pas question qu’une jeune fille de bonne famille apprenne un métier ou travaille. Et encore moins qu’elle soit comédienne comme en rêve Victoria adolescente.

Très tôt, elle se rebelle contre la soumission à laquelle elle est destinée, à ses parents puis à un mari, développant une personnalité hors du commun. Son mariage avec un homme ultra conformiste est un échec mais le couple devra cohabiter par convenance, une séparation officielle étant inimaginable dans son milieu. Elle racontera dans son autobiographie sa longue histoire d’amour caché avec un autre. Toute sa vie, Victoria Ocampo luttera pour les droits des femmes.

Victoria Ocampo
																  															  

En 1920, une critique littéraire signée de son nom est publiée par La Nación, journal de référence. Elle l’a écrite en français, incapable de s’exprimer en espagnol littéraire. Il lui faudra des années pour apprendre à maîtriser tous les registres de sa langue maternelle. Victoria Ocampo finit par s’émanciper, fait des séjours en Europe, rencontre de nombreux écrivains et intellectuels comme Ortega y Gasset, Tagore, Keyserling, Drieu La Rochelle, Valéry, Malraux, Supervielle, Roger Caillois, Borges, Virginia Woolf…

Ocampo et Borges
																															

En 1930, elle fonde la revue littéraire Sur. Dès le début cette revue élitiste est un succès, et un véritable défi dans un pays agité par les soubresauts de la politique. Grâce à sa fortune et à ses contacts, Victoria Ocampo se maintiendra pendant quatre décennies, publiant les textes des meilleurs écrivains du siècle, leur offrant un espace de liberté et d’expression unique: Sur sera la revue littéraire la plus importante d’Amérique latine. Victoria Ocampo a elle-même beaucoup écrit (essais, critiques, témoignages, mais pas de roman) et traduit.

Amie de Jorge Luis Borges, elle lui a présenté un très jeune écrivain en herbe: Adolfo Bioy Casares. Ce dernier épousera sa plus jeune sœur, Silvina, en 1940. Silvina Ocampo publie son premier recueil de poèmes en 1937 et recevra de nombreux prix pour sa poésie et ses contes. Silvina, Bioy Casares et Borges publient ensemble une Anthologie de la littérature fantastique.

Villa Ocampo San Isidro
																  															  

Femme de caractère, Victoria Ocampo laisse le monde en 1979, par un dernier geste de la générosité qui la caractérisait: elle fait don de sa maison de San Isidro, Villa Ocampo, à l’Unesco pour y installer un centre dédié à la culture. Malheureusement, la maison a été laissée à l’abandon et il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’un projet soit mis en œuvre. La maison est restaurée, ouverte à la visite, ainsi que sa bibliothèque de 12 000 livres qui va être numérisée pour être accessible à tous sur Internet.

À voir
–Le site web de la Villa Ocampo
La maison est ouverte à la visite le samedi et le dimanche de 12h30 à 18h.
Elortondo 1837, Beccar, San Isidro.