Antonio Berni, surréalisme, nouveau réalisme, Argentine

Antonio Berni, le peintre surréaliste

Le peintre argentin, reconnu mondialement pour ses deux personnages Juanito et Ramona, a notamment marqué son époque par son engagement politique envers les plus démunis.

Antonio Berni - Crédit licence CC
																															

Un jeune prodige

Né à Rosario en 1905 de parents italiens, le jeune Antonio perd à 14 ans son père, soldat dans l’armée italienne durant la Première Guerre mondiale.

Fraîchement installé dans la ferme maternelle de Roldán avec sa mère et ses frères à quelques kilomètres de Rosario, il entreprend des études au collège national de Rosario, qu’il interrompt après quatre ans pour se dédier à plein temps à la peinture au sein du Centre Catalá. En parallèle, Berni commence sa carrière professionnelle en intégrant l’atelier de Fornells, spécialisé en vitraux polychromés, et celui d’enseignes de Munné.

En 1920, tout juste âgé de 15 ans, il expose ses premiers paysages et portraits. Les retours sont très positifs, on parle même d’enfant prodige ! Par la suite, Berni expose quatre autres fois à Rosario et Buenos Aires.

																  															  

Le Surréalisme, un apprentissage fondamental

À 20 ans, l’obtention d’une bourse lui permet de perfectionner ses compétences techniques en Europe. Il commence par l’Espagne et les villes de Toledo, Segovia ou encore Córdoba où il découvre les œuvres des maestros espagnols comme Le Greco ou Goya.

Après un bref retour en Argentine, Berni part pour Paris en février 1926. Dans la capitale de l’art, le jeune peintre y découvre des artistes avant-gardistes. Outre son intégration dans les ateliers du néo-cubiste André Lothe et celui du fauviste Othon Freisz, il apprend également la technique de la gravure auprès de Max Jacob.

Fidèle à ses racines, le peintre se lie d’amitié avec de nombreux artistes argentins dont certains deviendront des amis pour la vie tel que le peintre Lino Eneas Spilimbergo.

En 1929, il s’approche du Surréalisme en la personne de l’écrivain Louis Aragon, précurseur du mouvement. Notons que ce courant est un tournant majeur dans l’oeuvre de Berni, il est même considéré comme l’un des premiers artistes surréalistes d’Amérique latine.

En 1930, le peintre rentre définitivement à Rosario avec sa petite famille. À Buenos Aires, il expose d’abord en groupe puis seul, avec des œuvres marquées par le Surréalisme (photomontages, dessins…) chez Les Amis de l’art.

																															

Le Nouveau Réalisme

Entre 1930 et 1932, ses travaux transmettent un message politique fort face aux multiples crises des années 1930. Il dénonce l’injustice sociale en utilisant, entre autres, la technique du muralisme en conservant l’influence surréaliste.  En résulte la création d’un nouveau courant, le Nouveau Réalisme. Les projets artistiques de ce mouvement utilisent des matériaux alternatifs dans leur composition, et l’art comme moyen de s’opposer à l’impérialisme et aux actions du gouvernement alors en place.

En 1933, son influence dans l’art argentin est officiellement récompensée par sa nomination en tant que directeur de la Mutuelle des Artistes plasticiens de Rosario. Inquiet de la situation sociale des plus démunis, il se réunit avec les intellectuels locaux dont Gambartes ou Grela. De ces réunions va être proposé la création de l’École des Beaux Arts de la Province qui ouvre en 1935. Dans cette même année, Berni participe à la réalisation de plusieurs peintures murales notamment pour des personnalités telle que la directrice du magazine Crítica ou en collaboration avec son ami et peintre Spilimbergo pour le pavillon argentin de la Foire mondial d’élevage et d’agriculture à New York.

À partir de 1937,  Berni revendique son positionnement de gauche en réalisant des affiches anti-fascistes.

Après un tour de l’Amérique Latine qui lui fait découvrir les caractéristiques des pays du Pacifique, Berni travaille comme professeur à l’École des Beaux Arts de la Province récemment créée, cela jusqu’en 1946.

Au cours de sa vie, la famille sera une source d’inspiration, il dessine de nombreux portraits de sa femme et de sa fille Lili ; en 1943 il recevra même le Grand prix du Salon National pour son portrait Lili. Cet exercice transforme son œuvre vers le style expressionniste.

																  															  

L’apogée

Entre 1956 et 1958, il expose dans plusieurs capitales européennes. À la fin des années 1950, Berni souhaite représenter la situation tragique de la société portègne de l’époque par la création de l’un de ses deux personnages phares, le petit Juanito Laguna, un enfant pauvre vivant dans la banlieue de Buenos Aires où il passe son temps à créer des jeux dans la rue.

En 1962, naît Ramona Montiel. De nationalité française, cette prostituée des beaux quartiers de Buenos Aires aspire à une vie meilleure mais un concours de circonstance va la maintenir à ce statut. Ces deux personnages emblématiques sont les symboles de la souffrance, des obstacles et des pressions sociales de l’époque sur les classes populaires et les femmes. Pour illustrer ses deux personnages, Berni utilise tous types de matériaux trouvés dans les marchés aux puces telles que des paillettes ou des déchets recyclés. D’ailleurs, tous les courants par lesquels l’artiste est passé, à savoir l’Expressionnisme, le Surréalisme, le Nouveau Réalisme et le Pop Art, se retrouvent dans les représentations de Juanito et Ramona. Durant les années 1960, il intègre prodigieusement la technique de la gravure et des xylo-collages-reliefs à ses tableaux.

Dans les années 1970, l’artiste réalise une série de travaux scénographiques et décoratifs comme des illustrations pour des magazines. La Difunta correa, devenue un mythe populaire, complète la liste de ses personnages.

Reconnu pour la totalité de son œuvre, le peintre aura présenté son travail dans les plus beaux musées et galeries de la planète.

Antonio Berni s’éteint à Buenos Aires en 1981 à l’âge de 76 ans.