Xul Solar, grand peintre argentin du XXe siècle

Xul Solar, l’artiste inclassable

Considéré comme l’un des plus grands artistes argentins du XXe siècle, Xul Solar brilla par son excentricité et sa marginalité. Pourtant seule une poignée d’artistes, dont son ami et écrivain argentin Jorge Luis Borges, le suivirent dans son délire.

Xul Solar Crédit licence CC
																															

Fils d’un père allemand et d’une mère italienne, Óscar Agustín Alejandro Schulz Solari naît en 1887 à San Fernando dans la province de Buenos Aires. En 1905, il décide de se lancer dans des études d’architecture qu’il abandonnera deux ans plus tard.

Le futur peintre traverse l’Atlantique en 1912 pour parcourir quelques villes d’Europe dont Londres, Paris et Turin avec la ville de Zoagli comme port d’attache, où s’y trouve une partie de sa famille du côté maternel. Il réalise son premier contact avec les artistes avant-gardistes européens avec la découverte de Almaneque de El jinete Azu, œuvre réalisé par l’un des précurseurs de l’art abstrait. De ses multiples visites, il retient les représentations ethnographiques du musée britannique de Londres. De passage à Florence en 1916, il rencontre Emilio Pettoruti avec qui il se lie d’amitié et réalise ses premières interprétations du surréalisme et du fauvisme en peinture à l’huile.

Les sciences dites occultes

Fasciné par le monde occulte et la théosophie, un système philosophique ésotérique à travers lequel l’être humain tente de connaître « le Divin » et les mystères de la Vérité, il s’installe à Londres en 1919 pour un an afin d’approfondir ses connaissances. Xul Solar attend 1920 pour exposer ses premières peintures à l’huile et aquarelles à Milan. En 1923, toujours en recherche spirituelle, il assiste à une conférence du fondateur de l’anthroposophie, un courant de pensée et de spiritualité créé au début du XXe siècle par Rudolf Steiner qui souhaite étudier, éprouver et décrire des phénomènes spirituels avec la même précision que la science étudie et décrit le monde physique.

Un an plus tard, à Paris,  Aleister Crowley, l’oculiste le plus redouté du XXe siècle, lui inculque une méthode pour avoir des visions à travers le I Ching, livre des mutations.

À son retour en Argentine, en 1929, il est nommé instructeur par la Fraternité Rosicruciana Antique. Par la suite, il anime plusieurs ateliers de méditation et d’astrologie.

																	  																  
																  															  

Retour aux sources

Xul Solar rentre dans son pays natal la même année avec comme ambition d’insuffler un courant avant-gardiste dominé par l’art plastique mais son arrivée est fraîchement accueillie par la communauté artistique de l’époque qui le trouve trop excentrique. Toutefois, il expose son œuvre au Salon Libre de Buenos Aires en 1924 et peut compter sur de vrais amis, et pas des moindres : il illustrera ainsi le livre El idioma de los argentinos (1928) de Jorge Luis Borges.

Très cultivé et curieux, Xul Solar fait preuve de beaucoup de créativité entre 1930 et 1940, période pendant laquelle il dessine de nombreux paysages et designs architectoniques  fantastiques inspirés de ses études sur la mystique, la théosophie et l’astrologie. Cela étant, ce sont les critiques qui parlent de monde fantastique car Xul Solar estime qu’il représente sa réalité, celle de ses visions et de ses pensées.

L’artiste collabore avec divers milieux culturels dont celui de la littérature. En 1933, il présente Poema, un poème rédigé en neo criollo. Toujours en recherche d’inspirations nouvelles, Xul Solar réalise une œuvre riche et variée. Par exemple, dans les années 1950, il réalise une série de toiles en rapport à l’astrologie.

Xul Solar - Crédit licence CC
																															

Me haré un mundo

En plus de ses peintures et de ses objets fantasques, le peintre crée deux langues à commencer par la panlengua fondée sur des bases mathématiques et astrologiques et dont l’ambition est de permettre aux peuples de mieux se connaître. La neo criollo, quant à elle, aspire à créer une langue commune à toute l’Amérique latine. Elle a la particularité de mélanger l’espagnol, le portugais et quelques mots empruntés à l’anglais et à l’allemand. Fervent de cette langue unique, Xul la promeut dès qu’il en a l’occasion et l’emploie pour communiquer avec Borges. Notons qu’en plus de créer, ce génie maîtrise plus de dix langues.

Me haré un mundo, c’est ainsi que Xul Solar explique son concept. Tout au long de sa vie, il cherche à se créer un univers dans lequel il se sent bien, entre peintures, objets, langages et spiritualité.

Xul Solar s’éteint en avril 1963 dans sa maison à Tigre, dans la province de Buenos Aires. Son œuvre colossale illustre sa créativité inépuisable.