Ernesto Sabato, dans le labyrinthe des passions humaines

Ernesto Sabato, dans le labyrinthe des passions humaines

Également scientifique et peintre, Ernesto Sabato est l’un des plus grands écrivains argentins du XXe siècle.

Ernesto Sabato
																															

Pendant ses années d’études à La Plata, Ernesto Sabato, né en 1911 à Rojas (province de Buenos Aires), s’engage aux côtés du Parti communiste, qu’il abandonnera avant la guerre. En 1938, il obtient son doctorat en physique et une bourse à l’Institut Curie, à Paris. C’est dans la capitale française qu’il fait connaissance avec le mouvement surréaliste (Oscar Dominguez, Wilfredo Lam, Tristan Tzara, André Breton), qui aura une grande influence sur son œuvre d’écrivain. Il partage sa vie entre les recherches sur l’atome le jour et la vie bohème de Montparnasse la nuit.

Après une année au MIT aux États-Unis, il rentre à Buenos Aires en 1940 et décide d’abandonner sa carrière scientifique pour se consacrer à la littérature et à la peinture.

Ernesto Sabato Avant la fin
																  															  

Il écrit pour des revues, notamment pour  Sur, et publie, en 1945, son premier ouvrage, Uno y el Universo, des articles philosophiques questionnant l’apparente neutralité de la science. Puis en 1948, son premier roman le Tunnel, une histoire d’amour et de mort et une réflexion sur la solitude. Héros et tombes est publié en 1961, son chef d’œuvre et l’un des meilleurs romans de la littérature argentine. L’ange des ténèbres, publié en 1974, ferme cette trilogie romanesque et l’œuvre de Sabato.

C’est une grande partie de l’histoire de la nation argentine que Sabato retrace dans Héros et tombes, à travers la décadence d’une famille aristocratique, les Vidal Olmos, depuis les guerres d’indépendance jusqu’aux années 1950. Un roman complexe qui fouille dans les sentiments, les rapports humains et la frontière entre le bien et le mal.

Ernesto Sabato
																															

C’est l’histoire d’un amour torturé entre le jeune Martín et Alejandra Vidal Olmos, une jeune femme insaisissable, tourmentée par un terrible secret. Le rapport sur les aveugles, en troisième partie du livre, donne la parole au personnage principal, Fernando Vidal Olmos. Le journal d’un fou qui croit avoir découvert la conspiration d’une secte, celle des aveugles, et l’enfer de la ville. Ce même Fernando qui hante la première partie du livre, le père incestueux.

« J’ai passé en Argentine vingt-quatre ans de ma vie. Je ne connais aucun livre qui introduise mieux aux secrets de la sensibilité sud-américaine, à ses mythes, phobies et fascinations », disait l’écrivain Witold Gombrowicz en avant-propos de l’ouvrage (Seuil). Extrait : « Les Argentins, disait Bruno, sont pessimistes parce qu’ils disposent d’importantes réserves d’espérances et d’illusions ; en effet, pour être pessimiste, il faut d’abord avoir connu l’espoir. Ce pays n’est pas cynique, même s’il est plein de cyniques et de parvenus ; les gens ici, sont plutôt tourmentés, ce qui est le contraire, puisque le cynique s’adapte à tout et se moque de tout. L’Argentin, lui, s’intéresse à tout et par conséquent il se fait de la bile à tout propos et passe sont temps à protester. »

Ernesto Sabato Heros et tombres
																  															  

Engagé politiquement depuis sa jeunesse, Ernesto Sabato sera un détracteur de Perón, comme beaucoup d’intellectuels, et publie en 1956 El otro rostro del peronismo. En revanche, sa défense de la figure d’Eva Perón lui a valut des critiques. En 1983-1984, au retour de la démocratie, il préside la Commission nationale sur les disparitions (Conadep), qui publiera le rapport Nunca Más (Jamais plus).

En 1984, Ernesto Sabato a reçu le prix Cervantès de la littérature, la plus haute distinction de la littérature en langue espagnole. L’artiste argentin s’est éteint à Buenos Aires le 30 avril 2011, à 99 ans.