Jacques de Liniers, un Français dans l'histoire argentine

Jacques de Liniers, un Français dans l’histoire argentine

Découvrez l’histoire incroyable de Jacques de Liniers, ou Santiago de Liniers y Bremond, qui marqua l’histoire de l’Argentine.

Jacques de Liniers
																															

Parmi les nombreux personnages historiques argentins, Santiago de Liniers y Bremond, ou Jacques de Liniers pour les francophones, reste mal connu. Ce citoyen français, qui se mit au service de la Couronne espagnole, est pourtant un grand nom de l’histoire argentine et de Buenos Aires en particulier. Retour sur la vie et les faits d’armes du Français le plus célèbre de la capitale argentine.

Jacques de Liniers, ou Santiago de Liniers y Bremond en espagnol, est né à Niort le 25 juillet 1753. Cadet d’une fratrie de neuf enfants, il est issu d’une famille noble originaire du Poitou. Son père étant officier de marine, c’est tout naturellement que le jeune Jacques de Liniers se destine à la carrière des armes déjà empruntée par de nombreux membres de sa famille.

Dès l’âge de douze ans, il rejoint l’île de Malte pour y suivre la formation militaire des moines-guerriers. Il devient ainsi page du Grand-Maître de l’ordre de Malte, et apprendra l’espagnol qui lui sera si utile plus tard. Mais le jeune homme ne prononcera jamais ses vœux, et quittera l’Ordre de Malte trois ans plus tard.

Âgé de 15 ans, Jacques de Liniers rejoint la garnison du régiment du Royal Piémont Cavalerie, caserné à Carcassonne, où il obtient un brevet de sous-lieutenant. À cette époque, la France vient de perdre la guerre de Sept Ans, et le ministre Turgot réduit considérablement le budget des armées de Louis XVI. Sans perspectives d’avancement, le jeune Jacques de Liniers végétera pendant six ans dans la garnison de Carcassonne.

Jacques de Liniers musée du Cabildo Buenos Aires
																  															  

Mais en 1774, il donne sa démission au colonel de son régiment, lassé de la vie en caserne. Il décide alors de rejoindre l’Espagne comme volontaire au sein de l’armée. Liniers va alors faire preuve de son courage, lors de multiples campagnes militaires. Lors de sa première mission, il prend part à un raid de la flotte espagnole sur les côtes nord-africaines. L’expédition sera un échec, mais Liniers fera preuve de son courage et sera nommé enseigne.

En 1780, alors que la France et l’Espagne prennent part à la Guerre d’Indépendance des États-Unis, il enlève un trois-mâts de 24 canons à l’aide simplement de quelques chaloupes. En 1782, il accomplira son plus grand fait d’armes : au siège de Port-Mahon, il monte à l’abordage de deux navires britanniques chargés d’armes et de munitions, alors que ses troupes sont sous le feu ennemi. Jacques de Liniers parvient à s’en emparer pour les rapatrier jusqu’aux lignes espagnoles. Grâce à ces faits d’armes, il obtiendra le commandement d’une frégate.

Peu après la Guerre d’Indépendance, les hostilités reprennent entre l’Espagne et l’Afrique du Nord : embarqué dans une expédition contre la ville d’Alger, les troupes de la Couronne essuient un revers, et Madrid doit négocier. C’est Jacques de Liniers qui est chargé des négociations : fin négociateur, il charme le Dey d’Alger et fera libérer les esclaves chrétiens des geôles algéroises. Pour le récompenser de ce succès, la cour d’Espagne le nomme capitaine de vaisseau et lui confie le commandement du Río de la Plata en 1788.

Il rejoint ainsi Buenos Aires, et fut bien accueilli par les autorités sur place. Veuf mais ayant un fils, Jacques de Liniers épouse Martina de Sarratea, jeune créole issue d’une des plus riches familles de Buenos Aires, le 3 avril 1791. À cette époque, le militaire français est peu à peu oublié par les Bourbons d’Espagne. Mais en 1806, il reçoit l’ordre de défendre les côtes de la vice-royauté du Río de la Plata.

Les invasions britanniques

En 1806, c’est le marquis de Sobremonte qui est Vice-roi du royaume du Río de la Plata. Bon administrateur, celui-ci sous-estime néanmoins les forces anglaises qui ont pour objectif la prise de Buenos Aires. En juin, le commodore Popham, qui avait concentré ses troupes à Montevideo, débarque au port de Quilmes avec ses hommes. Ne rencontrant qu’une résistance assez désorganisée, les Anglais prennent possession de la ville. Mais la population, bien que n’aimant pas dépendre de la Couronne espagnole, voyait d’un plus mauvais œil encore une invasion britannique.

C’est alors que Liniers, resté incognito dans la ville, rejoint secrètement Montevideo où, avec l’appui de la population, lève une armée de 1200 volontaires afin de reprendre Buenos Aires. Le 4 août, il reprend la ville. Fidèle au serment qu’il avait fait, il fait transférer les étendards britanniques au couvent des dominicains. Véritable héros, celui qu’on appelle désormais Santiago de Liniers y Bremont se voit confier le commandement militaire de la vice-royauté.

Six mois plus tard, les anglais reviennent à la charge, cette fois ci avec un contingent de 15 000 hommes. De son côté, Jacques de Liniers réussit à rassembler un groupe de 8 500 hommes pour défendre la capitale. Fin juin 1807, les Britanniques débarquent sur les rives argentines du Río de la Plata ; ils progressent rapidement jusqu’à la Plaza de Mayo, anciennement la Plaza Mayor.

C’est alors que la bataille s’engage : les troupes de Liniers attaquent les envahisseurs, bien aidé par la population de la ville qui du haut des clochers et des maisons précipite toute sorte d’objets sur les troupes britanniques. Les pertes sont énormes pour le général Whitelocke, qui bat en retraite et accepte les conditions de reddition exigées par Liniers.

Une fois encore, Jacques de Liniers a bouté les Anglais hors d’Argentine. Très apprécié de la population, il recevra désormais le surnom de « el Reconquistador ». Charles IV nomma Liniers Brigadier de marine et chef d’escadre, avant d’entériner sa charge de Vice-roi de la Plata. Un statut sans précédent pour un étranger, français qui plus est.

La chute du Reconquistador

En Europe les choses bougent, alors que Liniers est toujours fidèle à la Couronne d’Espagne. En effet, depuis l’entretien de Bayonne avec Napoléon envahissant l’Espagne, les Anglais sont devenus des alliés des Espagnols et des Portugais. Liniers repousse les avances de Napoléon, transmises par l’envoyé Sassenay, et reste fidèle aux Bourbons.

Sa situation est alors difficile : une partie de la population le soupçonne de vouloir livrer sa Vice-royauté aux Français, alors que son ancien compagnon d’armes Elio le trahit en alimentant la haine envers Liniers. Voyant que leur représentant n’est plus aussi aimé, les autorités espagnoles nomment Don Balthazar Hidalgo de Cisneros Vice-roi de la Plata le 11 février 1809.

Jacques de Liniers est nommé Comte de Buenos Ayres, après quoi il décide de rallier la Vice-royauté du Pérou avec les hommes qui lui sont resté fidèles. Mais à Buenos Aires, la Révolution de Mai change la donne : les opposants de la Primera Junta sont condamnés à mort. Liniers, qui au soir de sa vie ne veut pas salir son nom, restera fidèle à son serment jusqu’au bout.

Exécution de Liniers à Cabeza del Tigre par Christophe Thiry Collection privée
																  															  

Alors qu’il tente de rallier Mendoza, la troupe de Balcarce lancé à ses trousses le rattrape. Arrêtés puis brutalisés, Liniers et ses compagnons seront exécutés le 26 août à Cabeza de Tigre. Lui et ses hommes refusèrent de se faire bander les yeux, déclarant une dernière fois leur fidélité au Roi d’Espagne.

En 1861, le gouvernement argentin décide de rapatrier les corps à Buenos Aires à la demande de la reine d’Espagne. Ils furent transportés à Cadix avec les honneurs : ils reposent désormais dans le Panthéon des marins illustres sur l’île de Léon.

La maison de Jacques de Liniers est encore visible à Buenos Aires, à l’adresse Venezuela 496, dans le quartier de San Telmo.

Il est également possible de visiter l‘estancia jésuite Alta Gracia. Située dans la province de Córdoba, elle fut fondée en 1643 et achetée en 1810 par Liniers, qui y vécut quelques mois. Inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco avec l’ensemble des estancias jésuites de la Province, elle abrite aujourd’hui le Musée Casa del Virrey Liniers. Le musée est ouvert toute l’année de mardi à dimanche. Plus d’informations sur le site internet de l’estancia.

À lire sur le sujet, le livre « Mourir pour Buenos Aires » de Jacques Marzac et l’association Mémoire Jacques de Liniers.