Histoire et exploration de l’Antarctique

Histoire de l’Antarctique, entre navigateurs et explorateurs

Les spéculations concernant l’Antarctique remontent à l’Antiquité. Bien que les premières expéditions sur le pôle sud ne datent que de 1770, les philosophes grecs théorisaient déjà sur l’existence d’un continent dans l’hémisphère sud qui équilibrerait les autres continents de l’hémisphère nord. Cette nouvelle terre est baptisée Antarktos, « opposé à l’Arctique » en grec. Bien que son existence ne soit pas prouvée, Antarktos figure sur la carte du monde durant près de 2000 ans sous le nom latin de Terra Australis Incognita (Terre Australe inconnue).

Les premières explorations

Le quimpérois Yves de Kerguelen est l’un des premiers explorateurs à apercevoir les bandes côtières de l’Antarctique, qu’il décrit comme un paysage sans faune ni flore. Au cours de l’un de ses deux voyages sur le continent austral, il découvre en 1772 des îles qui par la suite porteront son nom : les îles Kerguelen.

En 1776, l’anglais James Cook accoste sur ces îles qu’il baptise « îles de la Désolation ». C’est également à cette époque que les terres antarctiques sont aperçues pour la première fois depuis un vaisseau marchand faisant route de Lima jusqu’à Londres.

A cette période, de nombreuses îles périantarctiques sont explorées, comme l’île Gough en 1505, l’île Amsterdam en 1522 ou les îles du Prince Edouard en 1663.

Avant son arrivée en Géorgie du Sud, le 17 janvier 1775, le capitaine Cook avait déjà fait deux ans auparavant le tour du cercle Antarctique à bord du HMS Revolution et du HMS Adventure, sans même le savoir ! C’est seulement lors de sa troisième et ultime expédition que l’explorateur découvre la Géorgie du Sud (qu’il est possible de visiter avec un circuit en Antarctique), les îles Sandwich ainsi que de nombreuses colonies de phoques.

La chasse aux phoques

La découverte de ces nouvelles terres entraîne un commerce très lucratif : celui de peau et d’huile de phoques. Les négociants affluent depuis les Etats-Unis et l’Europe pour chasser les malheureux animaux marins des îles Sandwich et des îles Shetland du Sud.

Les phoques subissent un véritable massacre. A peine une trentaine d’années se sont écoulées depuis le second voyage de James Cook et leur population a déjà fortement diminué en Géorgie du Sud. Même bilan pour les colonies des îles Shetland du Sud. Entre 1821 et 1822, ce sont plus de 90 bateaux qui débarquent sur ces terres pour y exploiter les précieuses fourrures de phoques. Près de 940 tonnes d’huile sont rapportées des îles Shetland du Sud, ce qui entraîne rapidement la dissémination des populations de phoques.

Le russe Fabien Bellingshausen est le deuxième navigateur à effectuer une circumnavigation. Il aperçoit les côtes du continent austral et découvre le 15 juillet 1820 les îles Rarvski. Cette époque représente une période faste pour le commerce de peau de phoques avec plus de 1 200 voyages d’exploration. Cette chasse mènera James Weddell encore plus au sud, sur les traces du phoque et de la mer qui portent aujourd’hui son nom.

C’est également une période de compétition entre la France, les Etats-Unis et l’Angleterre. Afin d’accroître leurs territoires et leurs richesses, chaque pays envoie des missions d’explorations scientifiques.

La première expédition française de Dumont D’Urville, entre 1837 et 1840, permet de topographier les îles Orcades du Sud, les îles Shetland ainsi qu’une partie de l’île de l’Eléphant. Il découvre également la Terre Adélie ainsi que le pingouin Adélie, qu’il nomme en hommage à sa femme Adèle.

A la tête de l’expédition américaine (1838-1842), Charles Wilkes découvre quant à lui l’est du continent antarctique, qui prend le nom de son capitaine et devient la Terre de Wilkes. La dernière expédition, dirigée par l’anglais James Clark Ross, se déroule entre 1839 et 1843, et bénéficie de conditions particulièrement clémentes. Celles-ci permettent à l’équipage de traverser la Mer de Ross avant d’être stoppé par la plus grande barrière de glace de l’Antarctique, aujourd’hui connue comme la barrière de Ross. Cette mission scientifique permet de réaliser les cartes de la Terre Victoria, de découvrir le volcan du Mont Erebus, et d’établir la topographie exacte du Cap Adare, de l’île volcanique de Ross et du détroit de Mc Murdo.

Les épopées polaires

L’exploration du continent antarctique est le défi géographique et scientifique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Alors que les dernières îles périantarctiques sont découvertes, à l’image de l’île de Scott en 1902, et que les limites de l’Antarctique sont enfin connues, de nombreuses missions scientifiques sont déployées sur le continent austral.

L’expédition Discovery menée par le capitaine Robert Falcon Scott débute en 1901. L’explorateur anglo-irlandais Ernest Shackleton, qui effectuera sa propre mission devenue mythique Endurance quelques années plus tard, se trouve également à bord du vaisseau. Après avoir tenté en vain d’atteindre le pôle sud notamment avec des chiens de traineau, les scientifiques abandonnent leur mission et rebroussent chemin en 1904.

L’expédition allemande dirigée par le Docteur Von Drygalski permet l’exploration de nouveaux territoires tels la Terre Guillaume et le volcan Gossber. De précieuses informations scientifiques sont tirées de cette expédition.

En 1901, un vaisseau suédois prend la mer avec l’explorateur Otto Von Nordenskjöld à son bord mais le navire se brise et coule dans les eaux de la mer de Weddel. Les rescapés trouvent refuge sur l’île Paulet où ils sont secourus en novembre 1903. Le bateau sombra, mais cette expédition apporta elle aussi de nombreuses données scientifiques sur l’Antarctique.

En 1905, une expédition française est organisée à bord du Français. L’explorateur Jean-Baptiste Charcot découvre 1 000 km de côtes, établit la topographie de 3 cartes maritimes et pose 75 caisses d’observation. En 1908, il entame une deuxième expédition sur l’île Peterman à bord du Pourquoi pas ? L’expédition se concentre cette fois-ci sur l’extrême sud, dans la Baie Marguerite. Les diverses expéditions de l’explorateur français se sont révélées très fructueuses et ont apportées de nombreuses données scientifiques, notamment dans les domaines de l’hydrographie, la géologie, la botanique ou la zoologie… Charcot a été par ailleurs le premier à alerter le monde sur le sort des baleines.

Le 14 décembre 1911, l’expédition du norvégien Roald Amundsen est la première à atteindre l’Antarctique, seulement quelques semaines avant celle de l’anglais Robert Scott qui meurt d’épuisement, de faim et de froid sur le chemin du retour.

L’ère de la mécanique

Entre la première et la deuxième guerre mondiale, les principales puissances du globe envoient des expéditions en Antarctique. Les cartes de l’Antarctique deviennent de plus en plus précises. Grâce à la station américaine Little America, l’explorateur polaire Richard Evelyn Byrd prouve que les deux sections du continent austral sont reliées. Les scientifiques peuvent mesurer la profondeur de la glace et découvrent de nouvelles étendues qu’ils topographient. De nouvelles formes de vie sont également découvertes.

Après l’observation par la voie maritime, place à la voie aérienne. Le premier vol au dessus de l’Antarctique est réalisé par l’américain Lincoln Ellsworth en 1935.

L’Argentine, le Chili, la Grande Bretagne, la France, l’Australie, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud et les Etats-Unis mettent en place des stations d’hiver temporaires sur le continent antarctique après la guerre. Aujourd’hui, la plupart de ces stations sont devenues permanentes.

En 1882-1883, la première Année Polaire Internationale (API) réunit 12 pays qui décident ensemble de 14 bases dans les régions polaires afin d’étudier le climat terrestre et le magnétisme. Une Année Géophysique Internationale (AGI), qui rassemble plus de 50 pays, est instituée en 1957-1958. A la suite de cet ensemble de recherche à l’échelle mondiale, 40 stations scientifiques sont aménagées, dont la moitié en Antarctique. Forte de son succès, l’AGI est reconnue d’utilité scientifique internationale et développe la coopération entre pays.