Les Mapuches : une histoire de résistance

Les Mapuches : une histoire de résistance

Découvrez l’histoire des mapuches, ce peuple indien de la Patagonie argentine et chilienne, à la culture encore bien vivante.

Un peuple qui a refusé de se soumettre

Mapuche signifie « gens de la terre » en mapudungun, la langue des Mapuches. Avant l’arrivée des Espagnols, ils occupaient un large territoire de part et d’autre de la cordillère des Andes, de la province de Buenos Aires au sud de la Patagonie. C’était un peuple sédentaire, qui avait atteint un certain niveau de développement, vivant de chasse et d’agriculture. Au XVe siècle, ils mettent en échec la conquête des Incas, qui ne réussira pas à les assujettir, pas plus que le colonisateur espagnol quelques décennies plus tard. Après de multiples affrontements, une frontière est établie fixant les limites du territoire mapuche.

Famille mapuche Patagonie
																  															  

Au milieu du XIXe siècle, après l’Indépendance et la naissance de l’Argentine, les gouvernements décident de coloniser les terres du Sud avec les immigrants européens qui arrivent en masse. Jusque-là, la Patagonie, le Chaco et une bonne partie de la pampa sont territoire libre indigène.
Les contacts existent entre société indienne et société créole: des traités ont été signés pour établir les frontières, des échanges commerciaux ont lieu, plusieurs caciques ont pris faits et cause dans la lutte pour l’indépendance.

En 1860, un aventurier français, Orélie Antoine de Tounens, qui s’est pris de passion pour les Mapuches, les Puelches et les Tehuelches se proclame roi d’Araucanie et de Patagonie. Alarmé par cette volonté sécessionniste, le gouvernement chilien lance une campagne militaire et finit par soumettre les Mapuches en 1880, deux ans après la mort de l’avoué de Périgueux en exil dans sa Dordogne natale. Orélie-Antoine 1er avait eu le temps de rédiger une Constitution, de créer hymne et drapeau… Le royaume s’est étrangement perpétué avec un roi sans terre, le Prince Philippe, né Philippe Boiry à Paris en 1927. Une histoire qui a beaucoup prêté à rire mais qui n’a jamais manqué de panache.

Meliquina région mapuche
																  															  

En Argentine, plusieurs expéditions militaires, appelées la « Conquête du désert », sont lancées en 1879 et 1885. Les peuples indigènes refusent de se soumettre. Presque tous les grands caciques mapuches meurent au combat, sont emprisonnés et exécutés, 2.500 Indiens sont tués.
Les survivants sont transférés dans des réserves ou engagés de force comme main d’œuvre bon marché, leurs terres sont attribuées à des militaires et spéculateurs.

Population mapuche au Chili et en Argentine

Chili : selon le dernier recensement, les Mapuches sont quelques 600.000 au Chili, soit 4% de la population, et 30% de moins qu’au début des années 1990. Ils vivent dans les zones rurales de la IXe Région (celle de Temuco), ainsi que dans la Xe Région (Puerto Montt) et dans la Région métropolitaine de Santiago. Ils ont été persécutés sous Pinochet et mènent aujourd’hui une lutte difficile pour récupérer leurs terres et leur identité.

Paso Córdoba Neuquén
																  															  

Argentine : les chiffres de la population mapuche sont sujets à controverse et vont de 100.000 pour les chiffres officiels à 500.000 selon la communauté mapuche. Ils vivent majoritairement dans les provinces de Chubut, Neuquén (parc national Lanín), Santa Cruz et Río Negro, en Patagonie, ainsi que dans celles de La Pampa et de Buenos Aires. Peu sont propriétaires de leur terre ; ils ont été souvent relégués dans les régions les moins fertiles et à la périphérie des villes. Ils ont une économie de subsistance avec un peu d’élevage et de culture ainsi que la production d’artisanat.

La « question indienne » a resurgi au retour de la démocratie, dans les années 1980. La Constitution argentine a reconnu en 1994 les droits des peuples indigènes avec un accès à une éducation bilingue.

Les Mapuches sont le peuple le mieux organisé, avec des associations, conseils et confédérations. Leurs objectifs: réaffirmer leur identité culturelle, avec leur langue, leur culture, leurs traditions, et leurs terres.

Chemamulls mapuches musée Ambrosetti
																  															  

Culture Mapuche

La culture mapuche témoigne du plus grand respect pour la terre, qui n’est pas conçue comme propriété privée mais comme une richesse communautaire. Tous les ans à l’automne, une grande fête est organisée, le Nquillatún, pour demander de bonnes récoltes, avec rituels, musique, chants et danses. L’autre bien précieux est la famille, qui se réunit dans la ruca (maison mapuche), et la communauté, les liens sociaux sont forts.

Beaucoup de Mapuches vivent aujourd’hui de la vente de leur artisanat. Les objets et bijoux en argent ont une grande valeur, réelle et symbolique, dans leur culture: imposants colliers, boucles d’oreilles, broches, diadèmes, bracelets portés par les femmes à l’occasion de fêtes et cérémonies religieuses. Les hommes, eux, portant une attention toute particulière à tout ce qui pouvait orner leur cheval: éperons, étriers, etc. Le travail est d’une grande finesse avec des motifs anthropomorphes, des idéogrammes, des représentations d’animaux ou de fleurs. Les couleurs et dessins des tissages ont également des valeurs symboliques. Les femmes fabriquent encore traditionnellement des couvertures, des ruanas (ponchos), des tapis ou des sacs.

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