Cantina et bodegon : restaurants de quartier à Buenos Aires

Cantina et bodegón

Restaurants de quartier à Buenos Aires

Ne croyez pas que le mot « cantina » ait le même sens que “cantine” en français, d’ailleurs ce mot vient de l’italien qui signifie « cave”. Lorsqu’à Buenos Aires et en Argentine on vous parle de “cantina”, on fait allusion à un type de restaurant que l’on trouve partout, c’est ce que l’on pourrait appeler un “restaurant de quartier”. On y sert des plats copieux mais basiques et simples.

Rentrons un peu dans les détails, tout d’abord la salle : toujours énorme, souvent dans un vieil immeuble, de préférence à l’angle d’une rue. La hauteur sous plafond permettrait de pouvoir y jouer au basket sans aucun problème, mais on s’en sert plutôt pour y accrocher de vieux jambons et étaler sur d’interminables étagères des kilomètres de bouteilles de vin qui ont sûrement dû déjà tourner au vinaigre.

cantina colegiales
																  															  

Justement, sur ces murs sont presque toujours accrochés des photos et des souvenirs d’une autre époque. Qu’il s’agisse d’un maillot de foot des années 60 ou de vieilles photos en noir et blanc des années 30, ils ont la particularité d’être tous dédicacés, car acteurs, sportifs reconnus, écrivains ou hommes politiques ont pendant ce dernier siècle entretenu la réputation du lieu. Il faut peut-être même juger le sérieux et la respectabilité d’une cantina à la quantité et à la qualité des “fantômes” qui hantent ses murs

Le personnel : ça grouille de serveurs, d’ailleurs ça bouscule, ça crie, ça interpelle. J’ai remarqué que les meilleures cantinas étaient toujours garnies de “vieux serveurs”, ils font partie du lieu, certains sont même septuagénaires, connaissent tout le monde et surtout connaissent les goûts de chacun.  Ce sont de véritables acteurs, ils jouent leur rôle à la perfection, même leur habillement a de quoi surprendre, puisque dans la même cantina, un sera en jeans et t-shirt alors qu’un autre sera en pantalon, chemise blanche et nœud papillon. Comme dans la Commedia dell’arte où chacun en fonction de son habit de scène aura son propre rôle à interpréter.

Le patron  : (souvent avec la patronne), la cantina est toujours une affaire de famille, à la mort du père, c’est le fils qui va reprendre l’affaire et ainsi de suite. Il décide, et quand je dis qu’il décide, il décide de tout. On pourrait même dire qu’après Dieu c’est lui. Il fait respecter l’ordre dans le service, dans la cuisine, et en salle, y compris chez les “invites”. Vous n’y allez pas comme clients, vous y allez manger parce que le patron l’accepte. J’ai déjà vu plusieurs fois des “invites” se faire sortir d’une cantina pour un propos déplacé, ou certains se faire refuser l’entrée pour une vieille histoire mal digérée. Le patron, comme l’éléphant, a de la mémoire!

 

cantina santa maria
																  															  

La cuisine : je parle du lieu, elle date en fait souvent de l’endroit, quelques fourneaux ont peut-être été changés au fil des décennies, mais souvent le centre des opérations est la parrilla centenaire graissée par des millions de saucisses et de bifes qui y sont passés. La cuisine, tout comme la salle, vaut souvent une photo!

L’assiette : n’y cherchez pas le raffinement ou des plats exotiques, cherchez-y l’abondance et la base de la cuisine portègne : viande, salades, pâtes, saucisse, parrilla, omelettes en tout genre. Côté boisson : El vino de la casa ou du petit vin pas trop cher, bien souvent impossible d’y trouver une demi-bouteille, d’ailleurs ça serait vraiment un manque d’élégance d’en commander une puisqu’on y va entre amis ou en famille pour “festoyer”, on y chercherait plus des bouteilles de 5 litres si ça pouvait exister !

 

L’ambiance : c’est le mélange de tout ce que j’ai décrit avant ! On y va avant tout pour ça et plus l’heure avance dans la soirée plus le niveau sonore augmente en fonction des bouteilles qui se vident ! Très souvent à une des tables, un anniversaire se fête, la salle entière se doit de chanter « Que lo cumpla feliz… » suivi d’un applaudissement chaleureux. Plus qu’un restaurant, un véritable théâtre…