Manuel Puig, l'auteur de la femme araignée - Argentina Excepcion

Manuel Puig, l’auteur de la femme araignée

Il a révolutionné l’écriture littéraire et ouvert, selon le critique et écrivain argentin Daniel Molina, « le seul espace non-borgésien de la littérature argentine ».

Manuel Puig
																															

Manuel Puig naît le 28 décembre 1932 à General Villegas (province de Buenos Aires), dans une famille de la classe moyenne argentine. En 1946, il quitte sa ville de naissance pour suivre sa scolarité dans un internat de la capitale fédérale. Cinq ans plus tard, il entre à la Faculté de Philosophie et de Lettres de l’Université de Buenos Aires (UBA).

Fan de films depuis enfant, il fréquente les salles obscures avec sa mère. Il obtient une bourse en 1955 pour étudier le cinéma à Rome, qui est alors le paradis du cinéma. Il demeure ensuite en Europe durant plusieurs années, vivant de petits boulots : plongeur dans la restauration, professeur d’espagnol et d’italien, assistant de réalisation, agent chez Air France…

C’est dans un avion qu’il rencontre ainsi Rita Hayworth. Celle-ci l’autorise à utiliser son nom pour baptiser un projet de scénario qui deviendra le premier roman de Puig, La trahison… de Rita Hayworth, achevé en 1965. En 1963, il s’installe à New York. En 1965, La trahison… remporte le prix Seix Barral (qui publiera le roman en 1971).

Bibliographie de Manuel Puig
																  															  

Suivront Boquitas pintadas (1969) paru en français, chez Gallimard, sous le titre Le plus beau tango du monde, et qui remporte un considérable succès commercial et critique. En 1973, Sudamericana publie Les Mystères de Buenos Aires (The Buenos Aires Affair). Le gouvernement argentin, arguant d’un « attentat à la pudeur », interdit l’ouvrage après avoir fait détruire les exemplaires imprimés. Cette fois-ci, Manuel Puig – qui a déjà reçu des menaces après la parution de La trahison… – quitte définitivement l’Argentine et s’installe au Mexique.

Dans son roman suivant, Le baiser de la femme araignée (El beso de la mujer araña, 1976, Seix Barral), Puig aborde pour la première fois ouvertement le thème de l’homosexualité, à travers le dialogue entre deux prisonniers, un militant politique et un gay aux rêves romantiques exaltés. Le livre est lui aussi interdit dans son pays d’origine, alors en pleine dictature militaire, mais remporte un grand succès de librairie, notamment en Espagne où il est publié. Ce roman s’est fait connaître dans le monde entier par le film qui en est issu, réalisé par l’Argentin Héctor Babenco et pour lequel William Hurt obtiendra le Premier prix d’interprétation masculine au festival de Cannes en 1985. Il a aussi été porté au théâtre à de nombreuses reprises.

Manuel Puig est mort des suites d’une opération à Cuernavaca, au Mexique, le 22 juillet 1990, à l’âge de 58 ans. Au total, il a écrit huit romans et quatre pièces de théâtre (dont la version dramatique de El beso de la mujer araña).

Il a révolutionné l’écriture littéraire et ouvert, selon le critique et écrivain argentin Daniel Molina, « le seul espace non-borgésien de la littérature argentine ». L’œuvre de ce cinéphile est profondément marquée par son amour du cinéma et de la culture populaire: référence aux stars de l’époque, goût des dialogues, « montage » de points de vue subjectifs… Aux antipodes du roman classique dans lequel le narrateur, omniscient, dévoile au lecteur les éléments nécessaires au suivi de la trame, Puig construit ses récits de manière fragmentaire. Pour cela, il mobilise tous types de matériaux textuels : lettres, monologues intérieurs, dialogues, dissertations, compte-rendu, articles de journaux, conversations téléphoniques… Il invite ainsi le lecteur à reconstituer les histoires, à imaginer les fragments manquants, c’est à dire à mobiliser toute son intelligence.