Entre Boedo et Caballito, culture musicale et littéraire rythment la vie

L’ouest du centre ville a été marqué par l’histoire du tango et des intellectuels porteños.

Boedo, de l'industrie aux intellectuels

A l’origine, Boedo était un quartier typique de la classe ouvrière, entre les quartiers Almagro, San Cristóbal et Parque Patricios. On y trouvait des fours à briques, des fermes laitières, des boulangeries à moulins, des magasins et des entrepôts. L’intersection de San Ignacio et Boedo voit l’émergence de la littérature sociale du Grupo Boedo; il lance l’Editorial Claridad pour publier militants et artistes avant-gardistes des années 1920. Parmi les fondateurs de cette mouvance, Raúl González Tuñón, célèbre pour ses poèmes et paroles de tango, ainsi que l’écrivain Roberto Arlt.

Caballito, de l'agriculture à la bourgeoisie

A l’origine dédiée au maréchage et aux arbres fruitiers, la zone s’urbanise avec la construction d’un chemin de fer en 1857. Les classes aisées portègnes y passent le week-end dans leurs belles demeures de campagne que l’on voit toujours dans le tissu urbain. Ce dernier se densifie avec l’immigration européenne et l’ouverture du métro en 1914. On peut visiter les enclaves de chaque nationalité européenne; le quartier anglais, le Club Italiano, le Club Portugués et le Club Ferrocarril Oeste fondé en 1904. Mentionnons aussi les racines irlandaises de la belle église de Nuestra Señora de Caacupé sur l’avenue Rivadavia. Au centre de Caballito, le Parc Rivadavia se forme de deux espaces verts mitoyens : la Plaza Irlanda et le Parc Centenario. Ce dernier accueille une importante foire aux livres de seconde main  tous les week-ends, ainsi qu’un grand amphithéâtre en plein air utilisé pour la programmation culturelle de la ville. Ouvert en 1937 dans le parc Centenario, le Musée Argentin de Sciences Naturelles Bernardino Rivadavia, second en taille après celui de La Plata, permet de visiter des squelettes de dinosaures de milliers d’espèces d’animaux.

Abasto

L’Abasto n’est pas un quartier officiel, mais une zone centrale à cheval entre Balvanera et Once. Elle tient son nom dans l’ancien marché aux fruits et légumes qui desservait toute la capitale, remplacé en 1984 par le Mercado Central qui centralise tous les produits agroalimentaires en dehors de la ville, sur la route d’Ezeiza. Après des années d’abandon, les halles du Mercado del Abasto ont été remodelées en 1998 pour laisser place à l’immense centre commercial Shopping Abasto, centre d’une activité bouillonnante sur ses 120.000 m2 de boutiques.

Tramway de Buenos Aires

Le trajet appelé Tramway Histórico de Buenos Aires mis en place par l’association Amigos del Tranvía permet de remémorer aux habitants de Buenos Aires le moyen de transport de l’époque. Dans le quartier de Caballito, on trouve également l’ancien Mercado del Progreso dans lequel il est possible d’acheter tous types de produits alimentaires.

Le quartier a mis en valeur son rôle central dans l’âge d’or du tango, avec le petit musée qui reconstitue la maison de Carlos Gardel. Il est amusant de jeter un oeil à cet intérieur qui a un petit charme désuet. Non loin, une grande statue de Mariano Pagés rend aussi hommage à ce mythique chanteur surnommé « Morocho del Abasto » dans le passage qui porte son nom.

Où prendre un café

Nombreux sont les cafés historiques de Boedo dont l’histoire se mêle avec celle du tango; d’El Capuchino où se sont produites les plus grandes danseuses des premières décennies, au Bien Bohemio où vivait Titi Rossi, compositeur et auteur de grands bals et tangos. Sans oublier la mythique Esquina Homero Manzi (San Juan 3601, au croisement avec Boedo), classée site historique national. La légende dit que Homero Manzi a écrit le célèbre tango Sur dans ce café. Il accueille des shows de tango tout au long de l’année. L’avenue Boedo a par ailleurs été récemment dénommée par le Gouvernement Argentin « Passage du tango ».

Le Bar de Cao (Independencia 2400) est l’un des plus anciens de la ville. Fondé en 1915, il est repris dès 1925 par les frères Cao (José, Vicente, Ramón, Julio, Jesús et Balbino) récemment émigrés d’Espagne. Ce sont eux qui donnent son identité à ce bodegón incontournable  du quartier de San Cristobal. A la fois bar, bistrot populaire et épicerie de proximité, il ferme hélas en 1999 avec la retraite du dernier des frères encore actif. Heureusement, ce patrimoine historique de la ville est repris par les gérants de La Poesia et du Federal de San Telmo, et devient un lieu où il fait bon se poser pour savourer une bonne picada. Il est difficile de faire son choix entre les 35 variétés de sandwiches, et c’est sans parler des plats du jour, simples et savoureux.

Le Café Margot (Boedo 857) est fondé en 1904 par Lorenzo Berisso sur le passage San Ignacio. Il a tour à tour abrité la Bonbonnerie de Roses, puis la Confitería Trianón à partir de 1940. Célèbre pour le milieu interlope de tangueros, militants politiques et artistes qui s’y est réuni, il est repris par Pablo Durán, fils du fondateur du traditionnel bar Hipopótamo de San Telmo. Un incontournable : son sandwich d’escabeche de dinde.

Où se restaurer

Pan y arte (Boedo 878) est un de ces lieux à la fois gastronomiques et culturels dont Buenos Aires a le secret. La cuisine revendique des plats simples et savoureux souvent à partir de produits de Mendoza; fromages, olives, légumes en escabeche, huile d’olive vierge… On peut retrouver les ingrédients qui nous ont plu dans la petite épicerie qui propose pains, pizzas, empanadas, tartes, huiles et vins. Et le soir, son petit théâtre indépendant offre une programmation éclectique, avec des spectacles de marionnette, des contes pour enfants ou des pièces dramatiques, selon le goût du jour! Si c’est plein, vous avez toujours le charmant troquet Me tenés Tarta! (Colombres 910), avec ses tartes salées et sucrées déclinées à l’infini; une adresse fiable.

Où voir un spectacle

Le Teatro Ciego (Zelaya 3006) peut se traduire par théâtre aveugle. C’ est une proposition très originale, puique le public y est plongé dans l’obscurité la plus complète tout au loin de la représentation. Que la pièce soit drôle ou tragique, on y est plongé au travers de ses autres sens dont la perception est décuplée par l’absence de la vue. Il est très dépaysant de se laisser guider par le travail effectué par la compagnie sur les odeurs, les sensations de vent ou de chaleur, les sons émis de lieux très divers de la pièce. On peut aussi y dîner à l’aveugle; une expérience unique!

Le Camarin de las musas (Mario Bravo 960) est une des scènes dynamiques du théâtre indépendant de Boedo. Lancé au coeur de la crise économique de 2001, il a su résister avec sa belle programmation, son petit restaurant, et ses expositions temporaires. Comme de nombreuses scènes indépendantes, il propose toutes sortes d’ateliers, que ce soit en improvisation, danse ou même yoga et photographie.

Où sortir et danser

Le Konex (Sarmiento 3131) est un des espaces culturels de référence de la capitale argentine. Sa programmation éclectique donne accès à des projets musicaux et artistiques alternatifs et innovants. Un de ses grands succès, la Bomba del Tiempo, est un rendez-vous qui attire des foules tous les lundis pour danser dès 20h sur les rythmes endiablés d’un véritable orchestre de percussions. On peut aussi faire l’expérience de spectacles sonores avec l’installation holophonique à 360 degrés, ou encore suivre un cours de pilosophie. Suivez leur actualité, il n’ont pas fini de nous surprendre!

La Catedral (Sarmiento 4006) est une des milongas les plus festives du quartier d’Almagro. L’édifice à lui seul crée une ambiance particulière, avec sa hauteur de plafond de 12 mètres et son vaste parquet. Silo de grains édifié en 1880, il est successivement transformé en usine de produits laitiers et en entrepôt frigorifique, avant d’être investi par le tango il y a une dizaine d’années. Des cours ont lieu tous les soirs, suivis de milongas jusqu’à des heures avancées de la nuit. L’endroit idéal pour se sentir à l’aise, loin des codes parfois très formels des lieux plus traditionnels.