Carlos Thays, le paysagiste français qui a dessiné Buenos Aires

Charles Thays, le français qui a dessiné Buenos Aires

Retour sur l’œuvre de Jules Charles Thays, Français naturalisé argentin qui a laissé un héritage colossal à Buenos Aires et dans toute l’Argentine.

Carlos Thays
																															

On entend fréquemment des analogies associant la capitale argentine à Paris. De fait, dans les beaux quartiers portègnes, de nombreux édifices construits au début du XXe siècle se sont inspirés de ce qui faisait la tendance de l’époque, soit l’architecture haussmannienne parisienne.

Mais le « Paris de l’Amérique du Sud » doit également son surnom à l’héritage laissé par le paysagiste français Carlos Thays à Buenos Aires au début du XXe siècle.

Ses premiers pas en Argentine

Né Jules Charles Thays à Paris le 20 août 1845, il est formé aux sciences de l’urbanisme et de l’architecture du paysage par le célèbre paysagiste Edouard André. Recommandé par Jean Alphand, un architecte reconnu pour sa contribution dans la rénovation haussmannienne de Paris, il arrive en Argentine en 1889 afin de réaliser le très beau parc Sarmiento à Córdoba.

Il faut savoir qu’à l’époque les échanges entre la France et l’Argentine, pays jeune et en devenir, sont fréquents. Notamment, entre la deuxième moitié du XIXe jusqu’au début de la première guerre mondiale, où près de 350 000 français émigrèrent vers le pays des gauchos.

Thays est rapidement séduit par l’Argentine. Il entreprend de nombreux séjours scientifiques à travers le pays afin de découvrir la flore locale. Il répertorie de nombreuses espèces autochtones et endémiques, avec l’ambition de les acclimater au milieu urbain.

Son œuvre à Buenos Aires

Deux ans plus tard, en 1891, il est nommé Directeur des allées et des parcs de Buenos Aires. C’est à ce titre qu’il entreprend un plan de réaménagement des voies et des espaces publics, qui va radicalement changer la face de la ville. Selon lui, une ville destinée à une forte croissance doit encore davantage composer avec la nature et les espaces verts, si elle veut rester viable sur le long terme.

C’est dans cette optique qu’il fait planter plus de 150 000 arbres le long des rues et sur les places publiques les plus emblématiques de Buenos Aires, telles que la place du Congrès, la place de Mai ou encore la place Constitution.

Jardin du Rosedal parc de Palermo
																  															  

Parmi les arbres plantés on retrouve notamment les fameux Jacarandas, les tipas et les Yuchanes, trois espèces autochtones du continent qui donnent aujourd’hui un charme unique aux rues portègnes.

Il dote également la ville de nombreux parcs et jardins tels que les bois de Palermo, véritable poumon de 400 hectares dans le nord de la ville ; les parcs du Centanario, de Rivadavia, de Lezama et une dizaine d’autres espaces verts appréciables aujourd’hui encore aux quatre coins de Buenos Aires.

Sa pièce maîtresse : Le Jardin Botanique

La clef de voûte de son œuvre à Buenos Aires est cependant le Jardin Botanique attenant la Plaza Italia. Ce jardin inauguré publiquement le 7 septembre 1898, fut attribué à Carlos Thays en 1892 par l’État argentin afin qu’il puisse y effectuer ses expérimentations botaniques.

Ce terrain d’essai lui permet ainsi de travailler à la préservation et à l’adaptation au milieu urbain des plus belles espèces sauvages du pays et du monde entier, et devient rapidement une référence mondiale en matière de botanique.

C’est notamment dans l’enceinte de ce jardin qu’il décela le processus de germination de la Yerba Maté, afin de l’adapter à la culture industrielle. Un enjeu économique très important pour l’Argentine, qui depuis l’expulsion des jésuites et la perte de leur savoir-faire en botanique, était obligée d’importer du maté brésilien ou paraguayen pour satisfaire sa consommation interne.

Jardin botanique de Buenos Aires
																  															  

Classé Monument Historique National depuis 1996, ce beau jardin de 67 000 m² abrite aujourd’hui plus de 5500 espèces végétales différentes. De nombreuses statues allégoriques ornent les allées du jardin et confortent ainsi l’esprit Belle Époque de celui-ci. Au centre, une stèle commémorative rend hommage à Carlos Thays et on peut visiter la maison où il habita durant six ans avec sa famille.

Petite anecdote, le Jardin Botanique est également le quartier général des chats abandonnés à Buenos Aires. Impossible de ne pas croiser un de ces félins sur son chemin lorsque l’on se promène dans l’enceinte du parc.

Sa contribution en Argentine

Outre Buenos Aires, Carlos Thays a contribué à l’aménagement de nombreuses villes en Argentine telles que Salta, Rosario, Cordoba, Santa Fe, Tucuman, ou bien encore Mendoza. Parfois en dessinant tout un quartier comme il le fit dans la capitale uruguayenne, Montevideo, avec le quartier de Carrasco ; parfois en se chargeant de la création d’espaces verts comme il le fit pour le parc de San Martin à Mendoza ou le parc 9 de Julio à Tucuman.

Il est également à l’origine de la création du parc national d’Iguazú. La création de ce parc était pour lui le seul moyen de préserver l’écosystème unique de ce site, tout en garantissant un accès privilégié aux touristes. Le gouvernement argentin finit par prendre conscience de l’importance de ce projet et lui en confit l’élaboration dès 1902.

Enfin, Carlos Thays fonda la société forestière argentine et participa à la fondation de l’association des boy scouts argentins aux cotés du célèbre naturaliste argentin Francisco Pascasio Moreno, plus connu sous le nom de Perito Moreno. Un français qui aura donc beaucoup donné à l’Argentine et à Buenos Aires, et qui reste encore trop peu connu.