Chausses gauchos : alpargatas et botas de potro

Chausses gauchos : alpargatas et botas de potro

Bon marché, pratique et confortable, les alpargatas furent le symbole de la classe ouvrière, avant de devenir celui des gauchos et du campo argentin.

Les alpargatas ou espadrilles gaucho

Les alpargatas sont des espadrilles, élues quasi à l’unanimité par les paysans argentins, car bon marché, pratique et confortable. Légères et souples, elles sont parmi les dans lesquelles le pied est le plus à l’aise, comme pied nu. Leur résistance dépend totalement de l’usage qu’on en fait ; leur semelle de corde a tendance à se défaire au contact de l’eau ou de sols trop pierreux. Les semelles de gomme permettent de pallier à ces problèmes, encore qu’elles présentent l’autre grand désavantage de glisser terriblement sur un sol mouillé.

gaucho avec ses alpargatas argentine
																  															  

L’usine Alpargatas Argentina fut créee en 1883 pour répondre à la demande des immigrés qui avaient besoin de chaussures simples et accessibles. Les alpargatas devinrent ainsi dans les années 1940  un symbole idéologique de la classe ouvrière. En 1944, une manifestation estudiantine en faveur des plus nécessiteux résista violemment contre la police de Perón au son du slogan “non à la dictature des alpargatas”. L’histoire retint une réponse: “des alpargatas oui, des livres non”, qui synthétisait une politique sociale controversée, que l’on a pu accuser de prendre des mesures populistes, au détriment d’aides au développement sur le long terme par l’éducation.

Les botas de potro ou chausses gaucho

Les « botas de potro » sont des sortes de bottes de cuir écru extrêmement ajustées du gaucho. Le matériau le plus accessible pour lui est en effet le cheval, à la fois moyen de transport, plus proche compagnon, source de chaleur, mais aussi de viande ou de cuir une fois mort. Pour ses longues chevauchées dans la froidure de la pampa hivernale, le gaucho prit ainsi la coutume de se tailler des chausses dans la patte de sa monture si elle venait à mourir. Il les portait sans chaussettes, comme une seconde peau; pliées à la hauteur des chevilles ou retenues au niveau du genou par des lanières de cuir.

espadrilles gauchos argentine
																  															  

Le mode d’emploi était assez simple : dépecer deux pattes d’un animal mort en veillant à ne pas déchirer le tube formé par la peau lors de l’opération, bien racler la chair restée accrochée à l’intérieur, couper les poils extérieurs à la longueur souhaitée (certains les gardaient pour se tenir plus chaud), assouplir le tout avec le talon dans l’angle formé par le coude de l’animal, laisser sécher avant de porter ses nouvelles « botas de potro ». Le bout du pied dépassait afin de pouvoir bloquer entre deux orteils les sangles d’étriers rustiques. Cette pratique finit par générer des controverses, comme certains ne tuaient des chevaux que pour leurs pattes, au mépris de leur viande et leur cuir moins précieux. L’usage de las botas de potro fut donc interdit dans les années 1800.

alpargatas enfants argentine
																															

On diversifia ensuite les animaux utilisés, jument plutôt qu’étalon, ânes, veaux et vaches. Certains élégants originaux allèrent jusqu’à agrémenter leurs bottes de chat sauvage, puma ou caïman. On comprend que cet élément de l’attirail gaucho ne soit pas seulement une paire de bottes, mais un authentique symbole de l’épopée gaucho au fil des siècles. Les bottes fermées telles que nous les connaissons et les chaussettes de laine ou de coton étaient l’apanage des propriétaires des estancias, puisqu’elles demandaient l’accès à des manufactures ou des artisans. Les éperons de bronze ou d’argent, souvent gravés et incrustés comme de véritables joyaux d’orfèvrerie n’étaient quant-à-eux que des objets d’apparat, bien loin du folklore rustique du gaucho.

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Argentina Excepción propose plusieurs séjours dans des estancias argentines, pour partager la vie des gauchos.