Civilisations andines du Nord-ouest Argentin : ruines de Quilmes, Pucara de Tilcara, Incas

Civilisations andines du Nord-Ouest Argentin : ruines de Quilmes, Pucara de Tilcara, Incas

La frontière argentino-bolivienne et le Nord-Ouest argentin abritent de nombreux sites archéologiques similaires; vestiges d’habitations archaïques, ateliers précéramiques, peintures et sculptures rupestres.

Les chasseurs-cueilleurs nomades

Il y a environ 10.000 ans, la région du Nord-Ouest de l’Argentine était habitée par des groupes de chasseurs-cueilleurs nomades, appartenant à la très large civilisation andine. Connaissant parfaitement le territoire, la faune, la flore et l’usage qu’ils pouvaient en faire, ils se déplaçaient au gré des saisons et des ressources disponibles, des terres basses et chaudes du Chaco jusqu’à la côte Pacifique. Ils commencent à domestiquer le lama il y a 4.000 ans pour l’utiliser comme moyen de transport, pour sa laine, sa peau et sa viande.

Paysages du Nord-ouest argentin
																  															  

Il y a 3000 ans, ils commencent à se sédentariser et à cultiver du maïs, des pommes de terre, du quinoa, et à utiliser une nouvelle technologie: la céramique. Le village se forme autour d’une même famille et rend hommage à son huanca: l’ancêtre fondateur, représenté par une sculpture en pierre à figure anthropomorphe ou zoomorphe, et plantée au milieu des champs ou à l’entrée du village. Pour entrer en communication avec le monde des êtres sacrés, ces peuples utilisaient des plantes hallucinogènes. Ces communautés regroupées en villages entre –500 et 700 appartiennent à la culture Tafí (Tucumán), qui a construit de grands menhirs, à la culture Condorhuasi (Catamarca), la culture de la Ciénaga (Catamarca), culture de La Aguada (Catamarca, La Rioja)…

L’organisation de la société dans les pucarás

Au cours du premier millénaire, les communautés des Andes du Sud connaissent de profondes transformations: un système politique et social se met en place, fondé cette fois sur des rapports inégalitaires, avec des lignées exerçant le pouvoir et disposant de privilèges. Ces seigneuries ou chefferies sont gouvernées par un curaca, considéré comme descendant de l’ancêtre-dieu et qui impose aussi une religion basée sur le culte du soleil. Les Diaguitas, par exemple, qui imposent leur organisation à partir du IXe siècle dans les régions de Salta, Tucumán, Catamarca, San Juan.

Ruines archéologiques de Tilcara
																  															  

Ils construisent des pucarás, forteresses stratégiquement située en haut d’une colline ou sur un plateau, d’où est exercé le contrôle centralisé du territoire. L’élite et les artisans résident dans le pucará, tandis que les paysans s’installent au pied, près des champs et des corrals qui abritent les caravanes de lamas, dont on peut encore voir les traces à Tilcara, de culture omaguaca. Les archéologues savent aussi qu’à Tilcara existaient des ateliers de production spécialisés dans la métallurgie, la céramique, la taille de pierre. Cet artisanat, en plein développement à cette époque, est très important. Les masques en pierre et les urnes en céramique sont essentiels aux rituels funéraires par exemple, la culture d’une grande richesse.

À l’arrivée des Incas au XVe siècle, ils opposent une résistance, comme ils le feront quelques dizaines d’années plus tard face aux conquistadores espagnols, particulièrement les indiens de Quilmes, un village du Nord-Ouest argentin dont on peut visiter les vestiges.

L’empire Inca

En 1480, l’empire Inca, ou Tawantinsuyu (« les quatre parties du monde »), impose sa domination jusqu’au Nord-Ouest argentin sous le règne de Túpac Yupanqui. Parfaitement organisé, l’empire Inca, qui s’étend sur 5.000 km et regroupe plus de 12 millions d’habitants, impose de profonds changements: la soumission des peuples conquis, le transfert de « colons » d’autres ethnies, la diffusion du quechua, une culture et des rites différents et l’utilisation de la force de travail et du savoir-faire des Diaguitas, notamment dans les mines et la métallurgie. Ils construisent des chemins (camino del Inca), des sanctuaires, de nouveaux pucarás et des tombos, relais de poste pour le commerce, actif.

En 1999 ont été découvertes les momies de trois enfants incas sur le volcan Llullaillaco (6.739 m). Elles sont conservées au Musée d’archéologie de haute montagne de Salta.

Sites importants : Huachichocana, Inca Cueva, Guachipas

La frontière argentino-bolivienne et le Nord-Ouest argentin abritent de nombreux sites archéologiques similaires; vestiges d’habitations archaïques, ateliers précéramiques, peintures et sculptures rupestres. C’est la région d’Azul Pampa qui abrite les peintures murales les plus abondantes, d’une richesse sans égale mis à part peut être la Cueva de las Manos en Patagonie. Dans les petites vallées latérales de la Vallée des Calchaquies, trois sites suscitent particulièrement l’admiration : l’Inca Cueva à Humahuaca, les grottes d’Huachichocana à Tumbaya et les pétroglyphes de Zapagua.

Art rupestre lamas cueva Inca Quebrada Humahuaca
																  															  

De superbes pétroglyphes sont visibles dès la vallée Sapagua, avant la quebrada de Chulín dans laquelle se trouve l’Inca Cueva. Petite vallée de 8 km de long, l’Inca Cueva est une petite vallée de 8 km de long, dans la Quebrada d’Humahuaca, qui renferme plus d’une vingtaine de sites foisonnant de peintures rupestres et pétroglyphes, actuellement étudiés par l’Université Nationale de Buenos Aires. Le lieu est encore très peu fréquenté, et peu accessible sous la pluie, même si une équipe d’archéologues est parfois présente sur place. L’environnement  naturel est en effet assez accidenté, formation géologique Pirgua née à l’ère Mésozoïque du Crétacée dans la Cordillère Orientale.

Les peintures rupestres représentent beaucoup de cercles blancs, ainsi qu’une multitude d’animaux que les tribus chassaient, et des lamas qui paraissent être gardés en élevage. La présence de nombreux coquillages laisse penser que ces peuplades étaient assez nomades, et se déplaçaient jusqu’à l’Océan, à Iquique et Antofagasta. Le calcaire et le sang utilisés pour dessiner sur la roche ne résistaient pas assez aux intempéries, et furent donc rapidement délaissés au profit de burins de fer, qui donnèrent un rendu bien différent des fresques pré-hispaniques. La tradition de sculpter la pierre locale se perpétue aujourd’hui, avec les pierres tombales du cimetière du village d’Uquía par exemple, dans la vallée d’Humahuaca.

Huachichocana, situé à 22 km d’Humahuaca, est l’un des bassins de peuplement les plus anciens de la région, vers 1.400 avant notre ère. On a découvert de grandes pipes tubulaires de pierre et d’os, vestiges de pratiques chamaniques encore d’actualité dans ces zones où fumer des herbes hallucinogènes permet d’entrer en transe et d’accomplir les rites religieux ancestraux.

Guachipas Cerro de Las Cuevas Pintadas Art rupestre Salta
																  															  

Art rupestre des Guachipas, Cerro de Las Cuevas Pintadas, Salta
C’est en 1965 que l’on a découvert, sur la route nationale 68 qui mène à Cafayate, 33 fresques rupestres qui remontent à la civilisation préhispanique entre 900 et 1470 de notre ère. Ce site extraordinaire des Cuevas Pintadas est à 32 km de Guachipas, et avait été évoqué dès 1903 par Juan Bautista Ambrosetti. Les motifs les plus fréquents sont des camélidés et des figures anthropomorphes stylisées, aux côtés de cérémonies religieuses, de scènes de la vie quotidienne, guerrières ou de chasse de jaguar et d’oiseaux. Ces peintures ont été classées Monument Historique National, mais sont encore laissées sans aménagement particulier, au milieu de leur bel écrin naturel.

Sites archéologiques et musées

– Les ruines du Pucará de Tilcara (Jujuy) se visitent et une partie des objets retrouvés au cours des fouilles sont exposés au musée archéologique du village.
– Les ruines de Quilmes (Tucumán), au sud de Cafayate, se visitent également. Restauré, Quilmes est l’un des sites archéologiques les plus importants d’Argentine.
– Le Musée d’archéologie de haute montagne (Salta) est consacré aux momies incas de Llullaillaco.
– Le Musée ethnographique Ambrosetti, à Buenos Aires, présente une belle collection provenant de recherches effectuées essentiellement dans le Nord-Ouest et la Patagonie.
– Le Musée Inca-Huasi de La Rioja conserve des pièces exceptionnelles de la céramique diaguita.
– Le Musée de sciences naturelles de La Plata dispose d’une riche section consacrée à l’archéologie et à l’anthropologie.